Newer posts are loading.
You are at the newest post.
Click here to check if anything new just came in.

October 04 2011

Et le Mexique cessa d'être indépendant

Autour du cas de Mme Florence Cassez, ressortissante française condamnée par la justice mexicaine à soixante ans de prison pour complicité d'enlèvements, Paris multiplie les gesticulations. Sur ce dossier, le Mexique affiche son inflexibilité et met en avant son indépendance. Vis-à-vis des Etats-Unis, toutefois, il sait se montrer beaucoup plus souple.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Felipe Calderón, en 2006, l'alignement de la diplomatie mexicaine sur celle de Washington contraste fortement avec l'indépendance affichée par le Brésil vis-à-vis des Etats-Unis. En décembre 2009, après le renversement au Honduras de M. Manuel Zelaya, Mexico, comme Washington, reconnaît les élections qui portent au pouvoir M. Porfirio Lobo ; le Brésil et l'Union européenne, en revanche, les déclarent illégitimes.

En mai 2010, au lendemain de l'initiative turco-brésilienne proposant une alternative aux menaces des Nations unies (ONU) contre l'Iran — sur la base d'un accord d'échange de combustible nucléaire —, Mexico vote en faveur de nouvelles sanctions contre Téhéran, aux côtés des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, emmenés par les Etats-Unis.

En juin 2010, enfin, lors du débat au Conseil de sécurité sur l'arraisonnement par Israël de la flottille humanitaire pour Gaza, le Mexique soutient la résolution proposée par les Etats-Unis, qui se contente de « regretter » les faits, tandis que Brasília plaide pour une condamnation claire de l'opération.

Mexico aurait-il renoncé à la liberté de parole qui, entre 1945 et 1982, avait caractérisé sa politique étrangère, fondée, selon ses dirigeants, sur la souveraineté nationale, la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats et le respect de l'autodétermination des peuples ?

Qu'on se souvienne...

En 1954, c'est le Mexique d'Adolfo Ruiz Cortines qui accueille Jacobo Arbenz, le président guatémaltèque qu'un coup d'Etat organisé par la Central Intelligence Agency (CIA) vient de renverser. Le successeur de Cortines, Adolfo López Mateos (1958-1964), se rapproche du Mouvement des non-alignés et rend visite à ses deux représentants les plus emblématiques : le président égyptien Gamal Abdel Nasser et le premier ministre indien Jawaharlal Nehru. En 1962, López Mateos s'oppose à Washington qui fait exclure la Cuba révolutionnaire de l'Organisation des Etats américains (OEA). Par la suite, M. Luis Echeverría (1970-1976) soutient Salvador Allende, ouvre les bras aux réfugiés des dictatures militaires d'Amérique du Sud, renforce les relations avec les non-alignés et Cuba. José López Portillo (1976-1982), qui lui succède, appuie la révolution sandiniste et se rend en mai 1978 à Moscou, où il rencontre Leonid Brejnev, lequel observe : « Nos deux pays adoptent des positions identiques ou similaires sur les questions les plus importantes (1). »

Mais la mémoire peut être trompeuse : au-delà des déclarations provocatrices de son voisin, les Etats-Unis ont toujours pu bénéficier de la solidarité du Mexique sur la question essentielle de la sécurité de l'empire dans le contexte de la guerre froide. Agent du rapprochement avec les non-alignés, López Mateos entretient, dans le même temps, une relation intime avec Washington : en quatre ans, il rencontre six fois ses homologues Dwight D. Eisenhower, John F. Kennedy et Lyndon B. Johnson — un record.

Il se garde en outre de franchir la ligne rouge tracée par son puissant voisin : le Mexique ne devient jamais membre de plein droit du Mouvement des non-alignés, s'y contentant d'un poste d'observateur. Et en octobre 1962, lors de la crise des missiles soviétiques à Cuba, il se range aux côtés des Etats-Unis à l'OEA pour condamner l'installation de lanceurs sur le territoire cubain et exiger leur démantèlement.

Dès lors, il appliquera strictement le blocus économique contre l'île et informera régulièrement la CIA du passage par les aéroports mexicains des citoyens nord-américains et des révolutionnaires latino-américains se rendant à Cuba. Echeverría poursuivra cette politique.

Selon l'historien Lorenzo Meyer, sa stratégie d'antagonisme apparent avec le « voisin du nord » — similaire à celle de ses prédécesseurs — représentait avant tout « une source irremplaçable de légitimité » pour un gouvernement « qui ne pouvait compter sur celle que lui conférerait la démocratie, inexistante pendant les soixante-dix ans d'exercice autoritaire du pouvoir par le PRI (2) ». En fait, on le saura plus tard, la relation d'Echeverría avec les Etats-Unis était tout autre : le président avait été recruté par la CIA durant le sexennat de son prédécesseur, Díaz Ordaz, dans le cadre d'un programme, baptisé Litempo, visant à détecter les activités de la gauche révolutionnaire en Amérique latine (3). Et, durant sa présidence, il s'engagera dans la « guerre sale » — une répression féroce des mouvements de guérilla locaux.

Pourtant, les relations se tendront réellement avec Washington au sujet de l'Amérique centrale. En juillet 1979, le président mexicain López Portillo se rend à Managua pour célébrer la victoire du Front sandiniste de libération nationale et apporte une aide financière considérable au Nicaragua révolutionnaire. Il lui fournira en particulier du pétrole mexicain à bas prix. Le 28 août 1981, le Mexique et la France signent une déclaration qui reconnaît les deux fronts révolutionnaires salvadoriens (le Front Farabundo Marti de libération nationale et le Front démocratique révolutionnaire) comme des « forces représentatives ».

Mais Ronald Reagan, dès son arrivée au pouvoir en 1981, fustige le Nicaragua sandiniste, « un allié de l'Union soviétique à deux heures d'avion de nos frontières (4) ». Washington fait alors pression sur le Mexique, qui abandonnera peu à peu son idée de légitimer la révolution sandiniste en mettant Washington et Managua à la même table. Portillo continuera cependant de soutenir une solution négociée aux conflits qui affectent également le Salvador et le Guatemala, au sein du groupe de Contadora (5).

Le divorce ne sera jamais consommé. Toujours sous la pression de Washington, M. Miguel de la Madrid (1982-1989) autorisera sa police politique à collaborer discrètement avec la CIA et les cartels mexicains pour entraîner la Contra nicaraguayenne sur le sol mexicain et financer ses activités par le trafic de drogue (6).

Force est donc de constater que l'autonomie mexicaine est relative : une indépendance dans la dépendance, en quelque sorte. Selon Meyer, elle découle d'un accord discret, non écrit mais contraignant, remontant à la fin de la révolution mexicaine, en 1924 : les Etats-Unis se seraient alors engagés à soutenir les gouvernements mexicains et à ne pas intervenir dans leurs affaires intérieures s'ils leur garantissaient la paix et la sécurité sur leur frontière commune — plus de trois mille kilomètres — et la stabilité politique à l'intérieur du pays (7).

Cette marge de manœuvre diplomatique a été permise, des années 1960 à 1982, par les choix économiques des présidents de l'époque : politique d'industrialisation, consolidation des sociétés nationales (notamment bancaires) et développement du marché intérieur. Ce modèle se finance tout d'abord grâce à la rente pétrolière : de 1963 à 1972, le forage de nouveaux puits de pétrole off-shore, face à Tampico et Campeche, propulse le Mexique au rang de puissance pétrolière (8). Il s'abreuve également à la source de l'endettement international.

Tout bascule en 1982, quand éclate la crise de la dette. Le pays croule soudain sous le montant de ses engagements. L'aide financière nord-américaine et la renégociation des prêts sont soumis à une condition d'application d'un plan d'ajustement structurel, ce qui n'a rien pour déplaire aux nouveaux présidents néolibéraux, issus du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) : MM. Miguel de la Madrid puis Carlos Salinas de Gortari. Réduction du déficit fiscal, dérégulation, privatisation massive des entreprises publiques et de la banque... Les efforts des Mexicains sont récompensés par l'entrée du pays au sein de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT, 1986). La signature de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les trois pays d'Amérique du Nord, en 1993, liera définitivement le destin du Mexique à celui des Etats-Unis. La croissance du pays dépendra désormais du volume des échanges avec le voisin du nord et des investissements nord-américains dans le secteur industriel et la sous-traitance (lire « Un voisin ou une succursale ? »).

Dès les premiers mois du sexennat de M. Ernesto Zedillo (1994-2000), de surcroît, une nouvelle crise économique consolide cet assujettissement. Une fois de plus, Washington sauve son voisin de la faillite en lui apportant une aide d'urgence considérable : plus de 40 milliards de dollars versés par la Réserve fédérale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque des règlements internationaux, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Derrière les investisseurs, les militaires

A présent, « cette dépendance financière à l'égard des secteurs nord-américains les plus conservateurs bride le gouvernement en matière de politique étrangère. Tout est fait pour ne pas se mettre à dos les groupes industriels et financiers qui maintiennent l'économie mexicaine à flot », constate l'analyste économique Rogelio Ramírez de la O (9). Dans ces conditions, « il n'est pas nécessaire que les Etats-Unis brandissent une menace pour faire renoncer Mexico à certaines positions, analyse Jorge Castañeda, ex-ministre des affaires étrangères du gouvernement de M. Vicente Fox. Car, tous les cinq ou six ans depuis 1982, le pays est en crise, au bord de la faillite, et ce sont les Américains qui nous sauvent la mise... (10) ».

La défaite du PRI en 2000 et l'élection de M. Fox, un homme d'affaires démocrate-chrétien, ex-directeur général de Coca-Cola au Mexique, leader du Parti d'action nationale (PAN), mettront un terme définitif aux velléités de non-alignement. M. Fox établit une relation de complicité avec M. George W. Bush. Le gouvernement mexicain met ses forces de sécurité au service de la défense de la frontière américaine après les attentats du 11 septembre 2001, et il s'oppose à la renégociation — réclamée par la gauche et les nationalistes du PRI — des articles de l'Alena les plus préjudiciables à l'économie du pays. En quelques années, les principales banques privées mexicaines passent aux mains d'établissements étrangers : Citigroup, HSBC, Santander, etc. En 2003, pour la première fois dans l'histoire de leurs relations bilatérales, Mexico vote contre Cuba à la Commission des droits de l'homme de l'ONU.

En échange, le Mexique caresse l'espoir d'une profonde réforme de la législation américaine en matière d'immigration, qui régulariserait les illégaux et autoriserait la libre circulation de la main-d'œuvre mexicaine entre les deux pays — une solution au problème principal de son économie : le chômage, lié à l'absence de politique nationale d'industrialisation. Le repli sécuritaire provoqué par les attentats du 11 septembre 2001 enterre le projet.

Héritier de cette lente évolution vers une alliance avec les Etats-Unis, M. Calderón choisit de la renforcer. Pour gagner ce qu'il baptise « la guerre contre le narcotrafic et le crime organisé » — nourris par la corruption endémique et la marginalisation des secteurs populaires —, il a besoin du soutien américain : renseignement, écoutes téléphoniques, lutte contre le blanchiment d'argent, etc. Chose inimaginable il y a encore quelques années, les voix d'intellectuels comme Jorge Castañeda ou Héctor Aguílar Camin s'élèvent au sud du Rio Bravo pour demander l'intervention américaine sur le territoire mexicain, dans le cadre d'un Plan Colombie bis (11) qui se solderait par une nouvelle perte de souveraineté pour le pays.

« Pauvre Mexique, dit un refrain populaire. Si loin de Dieu et si près des Etats-Unis… »


(1) Cité par Ilya Prizel dans Latin America Through Soviet Eyes, Cambridge University Press, 1990.

(2) Entretien avec l'auteur, 17 juin 2010. PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, au pouvoir de 1929 à 2000.

(3) Cf. Jefferson Morley, Litempo : The CIA's Eyes on Tlatelolco, National Security Archive Electronic Briefing Book, n° 204, 18 octobre 2006. Des documents déclassifiés de la CIA prouvent que Winston Scott, chef de station de la CIA à Mexico de 1956 à 1968, est à l'origine de ce plan.

(4) Une formulation qu'il emploiera dans son discours du 16 mars 1986.

(5) Colombie, Mexique, Panamá, Venezuela.

(6) Lire en particulier Anabel Hernández, Los Señores del narco, Grijalbo, Mexico, 2010.

(7) Cf. Lorenzo Meyer, Las Raíces del nacionalismo petrolero en México, Oceano, Mexico, 2009.

(8) Toutefois, pour ne pas froisser son voisin, Mexico n'adhérera jamais à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

(9) Entretien avec l'auteur, juillet 2010. Ramírez de la O est l'un des principaux consultants mexicains des entreprises nord-américaines s'installant au Mexique et l'ancien conseiller économique d'Andrés Manuel López Obrador, candidat de la gauche (à l'exception des zapatistes) à la présidentielle de 2006.

(10) Entretien avec l'auteur, juillet 2010.

(11) Le Plan Colombie est un accord bilatéral signé par les gouvernements de la Colombie et des Etats-Unis en 1999. Il autorise la présence de mille conseillers militaires nord-américains répartis dans les plus grandes bases du pays.

Mme Michèle Alliot-Marie emportée par la foule

Le 11 janvier 2011, alors que la contestation gagnait Tunis, la ministre des affaires étrangères française, Mme Michèle Alliot-Marie, proposait à la tribune de l'Assemblée nationale de régler la situation par « le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité ». La phrase a fait le tour du monde et suscité une large réprobation, y compris au Quai d'Orsay. Proposer une coopération renforcée au moment où le gouvernement tunisien reconnaissait que, depuis le début des troubles, la police avait tué vingt et un civils (les syndicats en dénombraient cinquante (1)) relève sans aucun doute de la faute politique. Pourtant, la ministre était sincère : entre décembre 2010 et janvier 2011, quatre cargaisons de matériel de maintien de l'ordre (tenues, protections et grenades lacrymogènes) sont parties pour la Tunisie, avec l'accord du gouvernement français.

Ces échanges s'inscrivent dans une longue tradition de coopération policière, aujourd'hui centralisée par la direction de la coopération internationale (DCI) du ministère de l'intérieur, issue de la fusion du service de coopération technique internationale de police (SCTIP) et de la sous-direction de la coopération internationale de la gendarmerie nationale. Deux cent cinquante « attachés de sécurité intérieure » (policiers et gendarmes) sont ainsi déployés dans quatre-vingt-treize ambassades et couvrent cent cinquante-six pays. Outre un rôle d'interface entre les services français et leurs homologues étrangers, ils participent à la formation des polices locales et contribuent à « la promotion de l'industrie française dans le domaine des équipements de sécurité (2) ». Un marché largement contrôlé par la Société française d'exportation du ministère de l'intérieur (Sofremi). En 2003, l'Afrique faisait l'objet de 23 % des actions « techniques » de la France dans le monde, l'Afrique du Nord et le Proche-Orient, de 15,79 %. Parmi les 1 526 actions de coopération engagées, 15,14 % concernaient le domaine de « l'ordre public » (3).

Du fait de son histoire révolutionnaire et protestataire, la France bénéficie d'une large expérience en la matière. Traditionnellement, l'armée était mobilisée pour contenir les « émotions populaires ». Or l'intervention de soldats lourdement armés et inexpérimentés (en tout cas pour ce genre de tâche) provoquait immanquablement chez les manifestants des pertes qui pouvaient s'avérer très coûteuses pour le gouvernement lui-même. Ainsi, l'arrivée au pouvoir des républicains à la fin du XIXe siècle et l'extension des droits de réunion, d'expression et d'association rendaient difficile le recours à une violence aveugle, comme c'était le cas auparavant — lors de la répression des journées de juin 1848, par exemple. L'armée n'étant plus alors constituée de professionnels mais de conscrits, il existait en outre des risques réels de voir des bataillons se mutiner et fraterniser avec les manifestants, comme ce fut le cas à Narbonne et à Béziers en 1907.

En 1921 voit donc le jour la gendarmerie mobile, un corps spécialement formé et entraîné pour le maintien de l'ordre, auquel s'ajoutent en 1944, au sein de la police nationale, les compagnies républicaines de sécurité (CRS). Le développement de ces savoir-faire et savoir-être s'accompagne d'une claire division des opposants entre adversaires et ennemis. Les premiers doivent être contenus, contrôlés, voire mis à l'écart ; les seconds, anéantis (4). Une différence de traitement qui recoupe assez fidèlement le clivage intérieur-extérieur.

Les guerres coloniales — en Algérie surtout — mettront à rude épreuve la distinction entre action de police et action militaire, surtout lorsque les opérations se mèneront dans ou contre « la foule ». L'armée théorisera donc la « contre-subversion », qui connaîtra un large succès auprès des dictatures latino-américaines (notamment en Argentine) et qui resurgit aujourd'hui dans la stratégie américaine en Afghanistan.

Mais la chute du mur de Berlin lui donne l'occasion d'actualiser ses doctrines. De plus en plus confrontée aux populations civiles dans des opérations extérieures d'interposition ou de rétablissement de la paix, elle va développer sa propre réponse aux « mouvements de masse », qui sera codifiée en 2001 sous l'appellation « contrôle des foules » (5). On pourrait en résumer la logique par « qui peut le plus peut le moins ». Le scénario le plus souvent évoqué est celui d'une manifestation pacifique dans laquelle se glissent des éléments armés qui ouvrent le feu sur les soldats. L'équipement de l'armée doit donc lui permettre de basculer immédiatement d'une situation à l'autre (6).

Cette approche est diamétralement opposée au maintien de l'ordre, qui consiste en une « montée graduelle en violence ». Ici, c'est la situation et son évolution qui déterminent le type de matériel utilisé, du simple casque aux véhicules blindés, en passant par différents types de protections.

Sur le territoire métropolitain, ce dernier mode d'action règne sans partage. A l'étranger, les deux conceptions se déploient suivant les zones d'influence respectives des armées ou des polices, en fonction de l'histoire des relations entre la France et ces Etats. En novembre 2004, lorsque l'armée française tire sur la foule en Côte d'Ivoire, elle montre un peu brutalement quel type de solution y est favorisé. En Tunisie ou à Bahreïn (dont les unités antiémeutes ont été formés par les CRS), il semble que Mme Alliot-Marie proposait plutôt le maintien de l'ordre.

Entre forces de sécurité prévaut non pas une répartition harmonieuse des tâches (interne-externe, policier-militaire), comme on le croit souvent, mais une forme de concurrence, dans un contexte de réduction de leurs budgets et de leurs personnels. Ainsi, la violence des échanges entre gendarmes et militaires de l'armée de terre au Kosovo en 1999 — un colonel de gendarmerie fut même agressé physiquement par des militaires (7) — est à la mesure de l'enjeu que représentait la prise en charge des manifestations par l'une ou l'autre des institutions. Quant aux émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, elles ont simultanément propulsé les CRS et les gendarmes mobiles au rang de spécialistes internationaux du maintien de l'ordre et sauvé — provisoirement peut-être — leurs effectifs, que le gouvernement pensait réduire drastiquement.

Pour autant, les logiques contradictoires du contrôle des foules et du maintien de l'ordre ne peuvent prospérer que parce qu'elles se rejoignent sur un même terrain. Les mouvements de foule pouvant déstabiliser les régimes politiques constituent en effet une préoccupation constante de nombre de dirigeants. La peur de l'irrationnel associé aux mobilisations populaires depuis le succès du livre de Gustave Le Bon Psychologie des foules (1895) semble toujours d'actualité. Elle assimile les manifestants au désordre et au chaos, voire à des « monstres sanguinaires », comme les caricaturait le philosophe conservateur Hippolyte Taine (1828-1893). Or, cette déraison supposée n'existe que par une raison d'Etat qui entend maintenir l'ordre social tel qu'il est. La foule apparaît ici comme le pendant conservateur du peuple. Un peuple qui, en Tunisie et ailleurs, semble aspirer à un autre avenir.


(1) Le Monde, 16 janvier 2011.

(2) Assemblée nationale, « Rapport d'information sur le réseau diplomatique et le rôle des ambassadeurs », n° 3620, février 2002.

(3) Journal officiel, Paris, 19 octobre 2004.

(4) Il existe bien sûr des contre-exemples, comme la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, où les forces de police causèrent la mort de plusieurs dizaines de manifestants algériens pacifiques.

(5) Dans le Manuel provisoire d'emploi des forces terrestres dans le contrôle des foules (TTA 950) du 8 août 2001.

(6) Lire Philippe Leymarie, « Comment les armées se préparent au combat urbain », Le Monde diplomatique, mars 2009.

(7) Cf. Le Canard enchaîné, Paris, 1er mars 2000.

September 19 2011

Que faire d'Al-Jazira ?

Très influente dans un monde arabe en ébullition, la chaîne Al-Jazira n'est pas sans embarrasser le gouvernement qatari, dont elle contredit parfois les options diplomatiques. Depuis 1995, la diplomatie du Qatar semble faire mentir la maxime de l'historien grec Thucydide selon laquelle « le fort (...) / Golfe, Proche-Orient, Monde arabe, Audiovisuel, Information, Médias, Presse, Qatar, Diplomatie, Réveil arabe 2011- - 2011/09

September 13 2011

Un Etat palestinien, mais lequel ?

« Le Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) affirme la nécessité de poursuivre la démarche à l'ONU à la prochaine session de l'Assemblée générale, pour obtenir la reconnaissance de l'adhésion d'un Etat de Palestine sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale », déclare dans un communiqué son secrétaire général, Yasser Abed Rabbo. Autrement dit, sauf surprise de dernière minute, le 20 septembre prochain, l'Organisation des Nations unies (ONU) sera saisie de la (...) - Visions cartographiques / Israël, Palestine, Histoire, Nations unies (ONU), Diplomatie

August 08 2011

Souvenirs d'un diplomate

Nommé en juillet 1985 ambassadeur de France à Tunis, Eric Rouleau rejoint son poste au moment où, à Paris, s'expriment des inquiétudes quant à la succession, jugée « imminente », du fondateur de la république, Habib Bourguiba. / France, Tunisie, Islam, Diplomatie - (...) / France, Tunisie, Islam, Diplomatie - 2011/02

August 04 2011

L'Amérique latine s'invite en Palestine

En décembre 2010, cinq nouveaux pays d'Amérique latine ont reconnu l'Etat palestinien « à l'intérieur des frontières de 1967 ». Une nouvelle preuve de l'émancipation d'une région où Israël a souvent facilité la mise en œuvre de la politique américaine ? / Amérique latine, États-Unis (affaires extérieures), (...) / Amérique latine, États-Unis (affaires extérieures), Israël, Palestine, Proche-Orient, Diplomatie - 2011/02

July 23 2011

Retrouvailles des Etats-Unis et du Vietnam

Hanoï a tourné la page de la guerre avec les Etats-Unis. Mieux, l'été dernier, des exercices militaires conjoints se déroulaient là où les premiers GI avaient débarqué… / Chine, États-Unis (affaires extérieures), Vietnam, Commerce international, Guerre du Vietnam 1959-1975, Nucléaire civil, Relations (...) / Chine, États-Unis (affaires extérieures), Vietnam, Commerce international, Guerre du Vietnam 1959-1975, Nucléaire civil, Relations internationales, Stratégie, Diplomatie - 2011/06

July 20 2011

Pékin et Riyad rouvrent la route de la soie

Si l'Arabie saoudite, gardienne des lieux saints de l'islam, et la Chine, qui se réclame encore de l'athéisme, sont éloignées physiquement et idéologiquement, depuis une dizaine d'années, de solides relations se sont tissées entre les deux pays. / Arabie saoudite, Chine, États-Unis (affaires (...) / Arabie saoudite, Chine, États-Unis (affaires extérieures), Irak, Iran, Proche-Orient, Armement, Commerce des armes, Commerce international, Énergie, Pétrole, Relations internationales, Stratégie, Diplomatie, Relations bilatérales - 2011/01

July 15 2011

WikiLeaks, mort au messager

En fondant WikiLeaks, Assange entendait mettre au jour des « complots », accords occultes entre puissants soigneusement cachés du public. Il fut servi... Pour le censurer, toutes les faiblesses d'Internet et toutes les méthodes de coercition que les « libertaires » du réseau anticipaient depuis des (...) / États-Unis (affaires extérieures), Communication, Information, Informatique, Internet, Médias, Presse, Relations internationales, Technologies de l'information, Technologie, Diplomatie - 2011/01

July 14 2011

Pourquoi les institutions peinent à conserver leurs secrets

Un site Internet fait trembler l'administration Obama. Armé d'une copie pirate de centaines de milliers de communications diplomatiques, ce média d'un nouveau genre a commencé à les publier, le 28 novembre 2010, en lien avec plusieurs titres de presse. Quoi qu'il advienne de WikiLeaks, rien ne peut (...) / États-Unis (affaires extérieures), Banque, Communication, Entreprise, Information, Informatique, Internet, Médias, Presse, Relations internationales, Technologies de l'information, Technologie, Diplomatie - 2011/01

July 12 2011

Ratages en Libye

« Il faut savoir terminer une guerre » : la phrase est du président Sarkozy, mais elle concerne l'Afghanistan où le chef de l'Etat français s'est rendu durant quelques heures, ce 12 juillet. Alors que ce même jour se tenait à l'Assemblée nationale et au Sénat le débat prévu par la constitution française sur la poursuite de l'intervention en Libye, et qu'approche la fête nationale du 14 juillet, on constate un infléchissement du discours gouvernemental sur ce conflit : Tripoli n'est plus près de tomber comme (...) - Défense en ligne / Libye, Armée, Politique, Diplomatie, OTAN

May 19 2011

Inde et Israël, des partenaires très discrets

Alors que les liens diplomatiques entre Tel-Aviv et New Delhi remontent à moins de vingt ans, les deux capitales ont tissé un réseau dense de relations, notamment dans le domaine militaire. / Inde, Israël, Armement, Défense, Géopolitique, Diplomatie - (...) / Inde, Israël, Armement, Défense, Géopolitique, Diplomatie - 2010/11

Amitiés particulières entre New Delhi et Téhéran

Si l'Inde et l'Iran partagent un certain nombre d'intérêts convergents, la question des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU contre le régime islamique a fragilisé ce partenariat… / Inde, Iran, Géopolitique, Nucléaire civil, Diplomatie - (...) / Inde, Iran, Géopolitique, Nucléaire civil, Diplomatie - 2010/11
Reposted byiranelection iranelection

May 03 2011

Le président Hugo Chávez dans le labyrinthe colombien

« Le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela informe que, le [samedi] 23 avril 2011, a été détenu à l'aéroport international Simón Bolivar de Maiquetía [Caracas], le citoyen de nationalité colombienne Joaquín Pérez Becerra, carte d'identité 16 610 245, alors qu'il tentait d'entrer dans le (...) / Colombie, Venezuela, Guérilla, Services secrets, Diplomatie - La valise diplomatique

April 25 2011

L'Amérique vue par ses partenaires

WikiLeaks oblige, la diplomatie américaine fait l'objet depuis la fin de l'an dernier d'une discussion mondiale intense. Mais qui s'avère peu constructive. Contrairement aux Pentagon Papers, dont la publication partielle par le New York Times et le Washington Post au début des années 1970 avait (...) / États-Unis (affaires extérieures), Japon, Géopolitique, Relations internationales, Diplomatie - 2011/03

April 24 2011

Irrésistible ascension militaire du Japon

Nul n'ignore la montée en puissance militaire de la Chine, mais celle du Japon reste, elle, plus discrète. Elle n'en est pas moins réelle : Tokyo occupe le septième rang mondial pour les dépenses d'armement (au même niveau que l'Allemagne), juste derrière la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine (...) / Japon, Armée, Défense, Finance, Relations internationales, Stratégie, Diplomatie - 2011/03

March 15 2011

Faut-il avoir peur de l'Allemagne ?

Unifiée voilà deux décennies, la République fédérale d'Allemagne, quatrième puissance mondiale, est la première de l'Union européenne, la plus peuplée la plus productive, et de loin la plus exportatrice. Ce « géant économique » n'a plus rien d'un « nain politique ». Faut il en avoir peur ? / Allemagne, (...) / Allemagne, Économie, Politique, Diplomatie - mav/116

March 11 2011

Prodiges et vertiges de la diplomatie serbe

L'indépendance du Kosovo, non reconnue par une majorité d'Etats, sera discutée lors de l'Assemblée générale de l'ONU, qui s'ouvre ce mois de septembre. Depuis trois ans, la diplomatie serbe s'active pour dissuader les autres pays de reconnaître officiellement la sécession de son ancienne province ; (...) / Kosovo, Politique, Serbie, Diplomatie - 2010/09

February 13 2011

Mais où est passée l'Egypte ?

Condamnées à ressembler aux précédentes, les élections législatives égyptiennes de l'automne 2010 ne consolideront pas la légitimité du pouvoir. Pour y parvenir, M. Moubarak entend réaffirmer la place du Caire sur la scène régionale. / Égypte, Proche-Orient, Démocratie, Géopolitique, Diplomatie - (...) / Égypte, Proche-Orient, Démocratie, Géopolitique, Diplomatie - 2010/11

January 07 2011

« Là-bas si j'y suis » : janvier 2011

Mardi 4 janvier, dans « Là-bas si j'y suis », à 15 heures, sur France Inter, Daniel Mermet s'entretenait avec l'équipe du Monde diplomatique autour du numéro de janvier. Une émission enregistrée en public à La Java, à Paris. Serge Halimi et Philippe Rivière évoquent la révélation des mémos diplomatiques (...) / Côte d'Ivoire, États-Unis, Censure, Élections, Extrême droite, Intellectuels, Mouvement de contestation, Racisme, Diplomatie - La valise diplomatique
Older posts are this way If this message doesn't go away, click anywhere on the page to continue loading posts.
Could not load more posts
Maybe Soup is currently being updated? I'll try again automatically in a few seconds...
Just a second, loading more posts...
You've reached the end.

Don't be the product, buy the product!

Schweinderl