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September 25 2013

"« Faire bouger les lignes » : pourquoi Baudelaire tressaille dans sa tombe"

"« Faire bouger les lignes » : pourquoi Baudelaire tressaille dans sa tombe"
http://blogs.rue89.com/les-mots-demons/2013/09/24/faire-bouger-les-lignes-pourquoi-baudelaire-tressaille-dans-sa-tombe-23

L’expression m’intriguait : en voilà une belle généalogie, depuis sa naissance poétique jusqu’à son intronisation officielle dans la langue de bois.

Comme le feront les parnassiens dix ans plus tard, #Baudelaire est engagé dans la réflexion sur l’art pur (« l’art pour l’art ») et la beauté comme idéal inaccessible. Il consacre à cette dernière un surprenant poème :

(...) Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
(...)

Dans l’esprit de Baudelaire, « le mouvement qui déplace les lignes », c’est la manifestation des émotions : le rire, les pleurs. La beauté, froide et impassible, idéale et absolue, en est incapable.

(...) 129 ans plus tard, François #Mitterrand donne une interview à Serge July, directeur de Libération, pour fêter les trois ans du « changement ». Grand lecteur, il connaît bien Baudelaire. Grand séducteur, il peut glisser dans ses propos un vers du poète. Mais il écorche celui qu’il cite alors, lui donnant le sens inverse à celui du sonnet. July lui demande si son aile gauche ne résiste pas trop à son goût au virage libéral en cours : « Peut-on dire que les conservatismes de gauche se renforcent actuellement au sein de votre majorité ? » Mitterrand :

« Mais non, mais non ! [...] Qu’il y ait des scléroses un peu partout, mais c’est la vie ! Elle n’épargne ni l’esprit, ni le corps. La noblesse de l’homme est d’aller quand même de l’avant, de rester disponible. “J’aime le mouvement qui déplace les lignes.” »

Quand il dit « lignes », Mitterrand pense aux lignes idéologiques – pauvre Baudelaire !

Mais l’expression marque les esprits. Les « mitterrandolâtres » la reprennent, l’écorchant un peu plus (« fait bouger » au lieu de « déplace »). Puis le reste de la classe politique adopte le faux vers baudelairien. Dès qu’il s’agit de transgression des lignes de clivages (gauche-droite ou droite-FN) on fait « bouger les lignes »...

#langage #histoire

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Schweinderl