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June 03 2013

Dans la jungle de Bornéo, des visiteurs en quête d'authenticité

Le voyage vise parfois à retrouver un mode de vie jugé plus « vrai », car plus rudimentaire, auprès de populations qui, elles, aspirent bien souvent à la modernité. / Malaisie, Animal, Développement, Écologie, Logement, Loisirs, Relations Nord-Sud, Tourisme, Forêt, Brunei, Commerce, Environnement - (...) / Malaisie, Animal, Développement, Écologie, Logement, Loisirs, Relations Nord-Sud, Tourisme, Forêt, Brunei, Commerce, Environnement - 2012/07

May 28 2013

A Gorgan, un Iran quotidien

Suite à l'échec des négociations sur le nucléaire entre l'Iran et le groupe dit des « 5 + 1 », de nouvelles sanctions pétrolières et financières, décidées par l'Union européenne et par les Etats-Unis, se mettent en place. Loin de cette agitation, les habitants de Gorgan ont d'autres soucis… / Iran, (...) / Iran, Audiovisuel, Culture, Économie, Femmes, Jeunes, Logement, Médias, Protection sociale, Société, Commerce - 2012/07

May 20 2013

Des faubourgs aux banlieues

Alors que la ville est devenue, selon le géographe américain David Harvey, la « nouvelle frontière du capitalisme », trois livres permettent de revenir sur l'« haussmannisation » de Paris — du nom du baron Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine entre 1853 et 1870. Entre 1860 et 1950, celle-ci (...) / France, Histoire, Inégalités, Logement, Urbanisme, Ville, Banlieue - 2013/05

February 28 2013

Métamorphose du bourg des Liu

Demi-frères, Song Gang et Li Guangtou grandissent pendant la Révolution culturelle et connaîtront des trajectoires opposées. Gentil et loyal, le premier subit les bouleversements sociaux et économiques de son pays ; audacieux et peu scrupuleux, le second fait fortune. Li Guangtou se rendait à (...) / Chine, Inégalités, Logement, Mutation, Urbanisme - 2012/05

February 26 2013

La sagesse du juste milieu

Fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage, Antoine Bloyé s'élève lentement dans la hiérarchie sociale. A travers son portrait, Paul Nizan décrit les mœurs de la petite bourgeoisie sous la IIIe République. Les voisins des Bloyé ne voulaient pas envier le quartier riche : ils faisaient semblant de croire (...) / France, Finance, Histoire, Idéologie, Inégalités, Logement, Urbanisme - 2012/05

February 22 2013

Conflits fonciers en terres cambodgiennes

« Carnet de route » est le sixième épisode du cycle TERRES. Au Cambodge, suite à l'adoption en 2001 de la Loi sur la propriété foncière, 56 % des terres arables sont passées aux mains de sociétés privés. Les minorités, spoliées de leurs terres et de leurs habitats, se mobilisent pour la défense de leurs (...) / Cambodge, Agriculture, Droits humains, Justice, Logement, Minorité nationale, Mouvement de contestation, Urbanisme, Répression - La valise diplomatique

February 21 2013

Une gauche délavée s'enracine au Nicaragua

La réélection de M. Daniel Ortega à la tête du Nicaragua a confirmé l'ancrage à gauche d'une grande partie de l'Amérique latine. La récente évolution du pouvoir sandiniste, notamment sur la question des droits des femmes, éclaire cependant les écueils d'une logique conduisant parfois les forces de gauche (...) / Christianisme, Élections, Logement, Parti politique, Pauvreté, Politique, Religion, Santé, Amérique centrale, Nicaragua, Socialisme, Droits des femmes - 2012/05

November 08 2012

En Chine, la vie selon Apple

Le géant taïwanais Foxconn, premier fournisseur mondial d'électronique et premier employeur privé en Chine, est désormais à l'étroit dans son bunker géant de Shenzhen Longhua. Voyage dans le Guangdong, puis dans le Sichuan, lieu emblématique de son renouveau industriel. / Chine, États-Unis, Taïwan, (...) / Chine, États-Unis, Taïwan, Entreprise, Femmes, Industrie, Informatique, Jeunes, Logement, Multinationales, Pauvreté, Santé, Technologies de l'information, Technologie, Télécommunications, Ville, Électronique - 2012/06

August 28 2012

Résistance obstinée des Sahraouis

Depuis la signature d'un cessez-le-feu entre le Front Polisario et le gouvernement marocain, toutes les tentatives de solution diplomatique au Sahara occidental ont échoué. Sur le terrain, la situation dégénère. / Maroc, Droits humains, Jeunes, Logement, Droits des minorités, Mouvement de (...) / Maroc, Droits humains, Jeunes, Logement, Droits des minorités, Mouvement de contestation, Pauvreté, Violence, Maghreb, Répression, Mouvement de libération, Sahara occidental - 2012/02

July 19 2012

Industrie : la Seine-Saint-Denis entre deux mondes

Il n'est pas facile de passer du statut de ville ouvrière de la « banlieue rouge » à celui de municipalité accueillant l'un des plus grands pôles d'affaires d'Ile-de-France. Enquête auprès des salariés et des habitants. / France, Entreprise, Industrie, Inégalités, Sécurité, Logement, Région, Transports, (...) / France, Entreprise, Industrie, Inégalités, Sécurité, Logement, Région, Transports, Travail, Ville, Banlieue - 2012/03

Industrie : la Seine-Saint-Denis entre deux mondes

Il n'est pas facile de passer du statut de ville ouvrière de la « banlieue rouge » à celui de municipalité accueillant l'un des plus grands pôles d'affaires d'Ile-de-France. Enquête auprès des salariés et des habitants. / France, Entreprise, Industrie, Inégalités, Sécurité, Logement, Région, Transports, (...) / France, Entreprise, Industrie, Inégalités, Sécurité, Logement, Région, Transports, Travail, Ville, Banlieue - 2012/03

July 12 2012

« Squats »

Connue pour dérouler le tapis rouge aux réfugiés fiscaux, aux oligarques russes, aux émirs du Golfe et aux multinationales, Genève fut aussi durant trente ans le théâtre d'un mouvement squat dynamique et foisonnant, toléré par les autorités en raison de la spéculation immobilière et de la pénurie de (...) / Suisse, Logement, Photographie, Ville - 2012/07

« Squats »

Connue pour dérouler le tapis rouge aux réfugiés fiscaux, aux oligarques russes, aux émirs du Golfe et aux multinationales, Genève fut aussi durant trente ans le théâtre d'un mouvement squat dynamique et foisonnant, toléré par les autorités en raison de la spéculation immobilière et de la pénurie de (...) / Suisse, Logement, Photographie, Ville - 2012/07

May 02 2012

Révolte des propriétaires chinois

Emblématique de l'apport des couches moyennes chinoises au changement politique, le mouvement des propriétaires d'appartement connaît une grande vitalité. Néanmoins, son succès relatif limite ses implications politiques. / Chine, Logement, Mouvement de contestation, Urbanisme - (...) / Chine, Logement, Mouvement de contestation, Urbanisme - 2012/05

March 12 2012

Indignation (sélective) dans les rues d'Israël

Tandis que les relations avec l'Egypte se tendent, les Israéliens manifestent en masse contre la dureté de leurs conditions de vie. Mais ce mouvement, qui témoigne d'un réveil inattendu de la société, n'inclut pas encore les catégories les plus défavorisées, et se refuse à prononcer le mot même (...) / Israël, Palestine, Économie, Finance, Inégalités, Jeunes, Judaïsme, Logement, Mouvement de contestation, Racisme, Conflit israélo-palestinien - 2011/09

February 03 2012

Calcutta la délaissée

Entourée de Bidonvilles en expansion continue, la capitale bengalie a moins profité de la croissance économique que New Delhi ou Bombay. La mégapole conforte une certaine image de dénuement, au risque de se caricaturer elle-même. / Bangladesh, Inde, Communisme, Inégalités, Logement, Pauvreté, Travail (...) / Bangladesh, Inde, Communisme, Inégalités, Logement, Pauvreté, Travail - 2011/08

January 18 2012

En Ouganda, les rois, l'Etat, la terre

L'augmentation du coût de la vie et les scandales de corruption fragilisent le régime ougandais, en place depuis vingt-cinq ans. La crise ravive aussi les tensions avec les monarchies traditionnelles, notamment le royaume du Buganda, qui revendique des droits sur les terres. / Agriculture, (...) / Agriculture, Inégalités, Logement, Minorité nationale, Mouvement de contestation, Multinationales, Pétrole, Ouganda, Répression - 2011/07

November 28 2011

A Mayotte, départementalisation à la pelleteuse

Département d'outre-mer depuis le 31 mars 2011, Mayotte accélère la mise en conformité de ses pratiques administratives avec celles de la métropole. Mais cette départementalisation heurte des droits coutumiers, et de nombreux habitants sont menacés d'expulsion. / France Outre-mer, France, Droit, (...) / France Outre-mer, France, Droit, Logement, Mayotte - 2011/06

October 04 2011

Abattre le pouvoir pour libérer l'Etat

L'affaiblissement de l'Etat, la libéralisation de l'économie et l'appauvrissement de la société ont nourri les révoltes arabes.

Les fondements du « printemps » sont à rechercher bien au-delà des seules revendications pour les libertés publiques et la démocratie. C'est par l'économie politique que s'explique le rejet de cette « exception arabe », à laquelle le nouveau réveil veut mettre fin : des régimes autoritaires et stables depuis les années 1970. Car si, dans cette partie du monde, les monarchies sont absolues et les républiques verrouillées par des présidents à vie (et par des charges héréditaires), c'est qu'un pouvoir suprême (1) s'est érigé au-dessus de l'Etat et des institutions bâties à l'indépendance, se donnant les moyens de durer.

Quels sont ces moyens ? Il y a bien sûr les services de sécurité que ce pouvoir contrôlait directement et qui échappaient à toute supervision. Ainsi, il n'était pas rare de voir tel membre desdits services réprimander un ministre ou lui imposer une décision. Mais il a bien fallu financer ces appareils tentaculaires, tout comme les différents réseaux clientélistes insérés dans les partis uniques ou inféodés. Et les fonds ne provenaient pas réellement des budgets publics, comme ceux de la police ou de l'armée, mais de différentes sources de revenus.

La rente pétrolière avait augmenté considérablement après l'explosion du prix du brut en 1973. Dans les circuits de commercialisation, et en connivence avec les grandes multinationales, une partie des recettes atterrissait directement dans les caisses des familles royales ou « républicaines ». L'or noir n'était cependant pas la seule ressource captée par le pouvoir. Après les commissions perçues sur les grands contrats publics (civils comme militaires) — qui diminuaient en volume du fait des réductions budgétaires, « ajustement structurel » oblige —, de nouvelles occasions se sont présentées. Ainsi, les années 1990 ont vu à la fois l'introduction de la téléphonie mobile et la première grande vague de privatisation des services publics, avec différentes sortes de « partenariats public-privé » (les contrats de type BOT (2)). Cette téléphonie mobile dégageait des marges importantes, surtout au début, lorsque ses clients se recrutaient au sein des couches les plus aisées de la population, disposées à payer des prix élevés. Entre les grands opérateurs multinationaux, les hommes d'affaires les plus influents et les pouvoirs en place, la bataille a fait alors rage pour le captage de la rente correspondante. Le conflit qui oppose l'égyptien Orascom aux militaires algériens autour de l'opérateur Djezzy en est une illustration, comme celui qui a vu s'affronter le même Orascom et Syriatel en Syrie. Cette lutte s'accompagne de l'émergence des premières grandes multinationales arabes, tels cet Orascom ou Investcom au Liban.

Fascinés par le « miracle Dubaï »,
tous les pouvoirs arabes ont tenté de le reproduire

La mondialisation croissante des économies arabes et les exigences imposées par le Fonds monétaire international (FMI) — avec le soutien de la Commission européenne pour les pays méditerranéens — ont accru la mainmise du pouvoir sur l'économie, en particulier après les effondrements financiers de 1986 (3) : diminution des investissements publics ainsi que du rôle de régulation des gouvernements ; implantation de grandes multinationales en position de monopole ou d'oligopole (cimenteries, distribution, etc.), moyennant partage de la rente induite avec le sommet du pouvoir. Tous les dirigeants des grandes entreprises mondiales savaient où se prenaient réellement les décisions et qui étaient les partenaires locaux imposés : les Trabelsi et Materi en Tunisie, les Ezz et Sawires en Egypte, les Makhlouf en Syrie, les Hariri au Liban, etc. Les Sawires ayant fini par vendre leur participation dans Orascom-Mobinil à France Télécom avant la « révolution » égyptienne, ainsi que leurs parts dans des cimenteries, M. Najib Sawires peut cependant apparaître comme acteur du changement dans son pays. Et M. Najib Mikati, qui avait vendu Investcom au groupe sud-africain MTN, est actuellement chargé de constituer le nouveau gouvernement au Liban.

Plus tard vint l'immobilier. Entraînés par l'enthousiasme général dont jouissait le « miracle Dubaï », tous les pouvoirs arabes se sont lancés dans des opérations immobilières spectaculaires, qui permettaient de dissimuler le mélange des intérêts publics et privés. Des terrains ont été déclarés d'utilité publique pour être vendus à bas prix aux promoteurs ; les centres-villes historiques ont été délaissés pour offrir leurs riads à rénover à des investisseurs fascinés par le « charme de l'Orient ». Et les prix de l'immobilier local ont fini par rivaliser avec ceux qui sont pratiqués à Tokyo, à Paris ou à Londres.

Le rouage essentiel de toute cette machine a été le secteur bancaire. Il a permis non seulement de blanchir la rente acquise, mais aussi de la recycler dans des opérations immobilières et commerciales. Il a également servi d'instrument au pouvoir, auquel il a permis de s'assurer l'allégeance durable des entrepreneurs locaux par le biais du crédit (4).

Mais ce développement exceptionnel avait son revers : l'affaiblissement de l'Etat et des services publics. Les membres des gouvernements étaient cooptés au sommet de l'Etat ; dans le meilleur des cas, il s'agissait de technocrates, issus des grandes institutions internationales (la Banque mondiale, en particulier), auxquels il manquait une légitimité électorale ou un programme dont ils auraient eu à rendre compte. L'Etat n'était plus perçu que comme une bureaucratie. Même l'armée s'affaiblissait au profit de forces prétoriennes bien équipées, garantes de la pérennité du pouvoir (5).

Le mode de gouvernement finit alors par ne plus ressembler en rien à celui qui s'était imposé après les indépendances — et avait permis l'électrification des campagnes ou la généralisation de l'éducation publique. Les services publics se détérioraient, au profit d'une privatisation rampante. En Arabie saoudite, à Djedda, l'eau courante ne coule dans les robinets qu'une fois par semaine, et un prince a laissé construire sur l'oued sans réseau d'évacuation des eaux, ce qui a provoqué deux inondations meurtrières.

Chaque fois qu'un scandale éclate, des campagnes anticorruption sont lancées, aux effets limités. Comme s'il ne s'agissait que d'une question morale, pas d'une prédation systémique sur la valeur ajoutée, pratiquée par un groupe dirigeant assimilable au... grand capital.

A la base de la pyramide sociale, ce sont la dignité humaine et la valeur du travail qui sont bafouées. Un tiers environ des actifs sont employés dans le secteur informel, celui des « petits boulots » ; ils ne sont pourtant pas pris en compte dans les statistiques du chômage — ce qui n'empêche pas ces dernières d'afficher depuis deux décennies un taux à deux chiffres. Un autre tiers est employé dans le secteur privé dit formel ; il s'agit essentiellement soit de travailleurs indépendants, soit de « salariés » sans contrat de travail, sans sécurité sociale, sans retraite ni véritables droits syndicaux… au point que la notion même de salariat se perd (6). Du moins hors du secteur public et de l'administration, où les droits sociaux restent préservés et dont les postes sont convoités, notamment par les femmes.

Le marché du travail est d'autant plus segmenté que ces pays ont accueilli des flux importants de migrants. Qu'ils soient résidents permanents (réfugiés palestiniens, irakiens, soudanais ou somaliens) ou temporaires (travailleurs asiatiques, notamment), ils subissent une dégradation plus forte encore de leurs droits économiques et sociaux, et une exploitation qui fait elle-même l'objet d'une prise de rente parfois significative.

C'est l'Etat de droit qu'il s'agit de reconstruire dans les pays arabes. Un Etat où le pouvoir est temporaire, soumis aux institutions et non en lévitation au-dessus d'elles ; et où les rentes du pouvoir auront été démantelées, tout comme les monopoles, afin de libérer l'énergie d'entreprendre. Un Etat où les libertés publiques et sociales sont garanties, de façon à ce que ceux qui travaillent acquièrent leurs droits dans la lutte et la négociation. Cela ne sera pas chose facile, car la tendance mondiale, y compris en Europe, ne pointe pas dans cette direction...


(1) Samir Radwan et Manuel Riesco, « The changing role of the state », Economic Research Forum, 2007.

(2) Build-Operate-Transfer : type de contrat d'affermage permettant de déléguer des concessions à des investisseurs privés pour une durée limitée.

(3) Une chute brutale du prix du pétrole a alors mis l'Algérie et la Syrie en situation de cessation de paiement. Le même phénomène s'est renouvelé à moindre échelle en 1999.

(4) Cf. l'enquête de Béatrice Hibou concernant le cas tunisien dans La Force de l'obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, La Découverte, Paris, 2006.

(5) Lire Salam Kawakibi et Bassma Kodmani, « Les armées, le peuple et les autocrates », Le Monde diplomatique, mars 2011.

(6) Cf. Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 105-106, « Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient », Edisud, Aix-en-Provence, 2005.

Attentes sociales et peur du chaos en Tunisie

Quelques semaines après la chute du régime de M. Zine El-Abidine Ben Ali, les Tunisiens mesurent l'ampleur de la tâche à venir. Mais ils redoutent que la disparition des forces de l'ordre et les manœuvres des partisans du dictateur déchu ne leur volent leur victoire.

« Nous sommes enfin libres, mais rien n'est joué. La Tunisie risque encore d'être rattrapée par ses anciens démons. » Installé à la terrasse d'un petit café de La Marsa, dans la banlieue nord de la capitale, ce jeune journaliste résume l'état d'esprit de ses concitoyens. Dans les familles comme dans les médias locaux, la chute du régime, le mandat d'arrêt émis contre M. Zine El-Abidine Ben Ali et ses proches, la quasi-dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l'ancien pouvoir, ainsi que la promesse d'élections libres et transparentes font l'objet d'incessants commentaires. Pourtant, l'inquiétude demeure. Au point parfois de gâcher l'euphorie née d'un soulèvement dont une grande partie du monde arabe se réclame désormais.

Au-delà des difficultés quotidiennes, la première des préoccupations concerne l'insécurité. Présentes hier à n'importe quel carrefour des grandes villes ou dans les villages les plus reculés, les forces de l'ordre se sont comme volatilisées. Leur quasi absence surprend et déstabilise. Les désordres se multiplient, notamment sur les routes, tandis que des informations alarmistes circulent à propos de milices de l'ex-RCD qui sèmeraient la terreur en s'attaquant aux personnes et aux biens. L'incendie de plusieurs établissements scolaires et le meurtre d'un prêtre polonais employé dans une école privée du quartier de la Manouba, à l'ouest du centre de Tunis, ont donné du crédit aux rumeurs affirmant que les sbires de l'ancien président poursuivaient leurs représailles.

Plutôt un nouvel autoritarisme
que le risque de divisions sanglantes

« La clientèle de l'ancien régime cherche à nous faire regretter l'Etat policier ! C'est la même stratégie de la terre brûlée qu'ils mènent depuis la chute de Ben Ali », s'indigne un libraire tunisois. Pour lui, une telle situation risque de faire déraper la transition démocratique en poussant les classes moyennes à se tourner vers l'armée pour protéger la paix civile. Chef d'état-major, le général Rachid Ammar jouit d'une très grande popularité depuis que ses troupes ont refusé de tirer sur les manifestants et qu'elles ont empêché les milices de M. Ben Ali de mettre le pays à feu et à sang. L'homme a répété à plusieurs reprises que son institution respecterait le choix du peuple et ne confisquerait pas le pouvoir. Mais nombre de Tunisiens ne sont pas prêts à vivre les divisions sanglantes qui ont déchiré le voisin algérien et pourraient accueillir avec soulagement le retour d'une certaine forme d'autoritarisme.

Les quatre cent mille employés
du ministère de l'intérieur vont-ils basculer ?

Il est difficile de savoir pourquoi les forces de police ont abandonné le terrain. Dans certains cas, il s'agit de la crainte de représailles. Dans d'autres, c'est l'absence d'instructions claires de la part du gouvernement provisoire. Bien entendu, certains services ont été démantelés ou désarmés, notamment l'ancienne garde présidentielle. Mais l'opacité des forces de sécurité était telle qu'un certain nombre de milices paramilitaires n'ont pas été identifiées. Du coup, plusieurs personnalités politiques et syndicales pressent le gouvernement provisoire de remettre à plat l'appareil sécuritaire. Avec un objectif prioritaire : empêcher qu'une partie des quelque quatre cent mille hommes hier employés par le ministère de l'intérieur — sans compter les indicateurs — ne bascule dans le camp bénaliste.

Tous gardent à l'esprit l'exemple irakien : en 2003, la dissolution de l'armée et du parti Baas avait jeté des milliers d'hommes dans les bras de l'insurrection. Des voix s'élèvent en faveur d'une amnistie partielle, mais plusieurs responsables politiques tunisiens, dont M. Moncef Marzouki et l'islamiste Rached Ghanouchi, jugent nécessaires l'arrestation et le jugement, en Tunisie, de M. Ben Ali et de son épouse, Mme Leila Trabelsi, perçue par l'opinion publique comme la menace numéro un pour la paix et la stabilité futures.

La seconde inquiétude des Tunisiens est d'ordre géopolitique et concerne ses deux principaux voisins. « Que va faire Kadhafi ? » Le Guide suprême de la Jamahiriya a d'abord soutenu son homologue avant de se dire respectueux du choix du peuple. Habitués aux décisions intempestives et brutales de leur voisin — comme lorsqu'il lui prend d'expulser des milliers de travailleurs immigrés —, les Tunisiens ont craint que M. Mouammar Kadhafi ne tente de déstabiliser leur pays. L'embrasement libyen après le 14 février et l'extension des affrontements dans ce pays changent la donne, mais les peurs demeurent. On craint beaucoup les conséquences d'une Libye divisée et qui sombrerait dans la guerre civile.

Autre voisin, autres questions. Le silence des autorités algériennes n'a échappé à personne. Jusqu'à la chute de M. Ben Ali, les médias officiels ou proches du pouvoir ont minimisé l'ampleur de la contestation, quand ils ne l'ont pas passée sous silence. Hormis quelques déclarations laconiques prenant acte du changement de régime, ni le gouvernement de M. Ahmed Ouyahia ni le président Abdelaziz Bouteflika ne se sont montrés diserts. Alger n'a pas non plus apprécié que des drapeaux algériens soient brandis durant les manifestations de joie sur l'avenue Bourguiba, à Tunis, après la démission du président égyptien Hosni Moubarak, le 11 février. Au-delà de ce silence inamical, les Tunisiens se demandent avec appréhension comment le régime algérien réagira quand ses opposants viendront s'exprimer librement sur les ondes de chaînes de télévision telles que Nesma TV ou Hannibal TV.

Au-delà des enjeux sécuritaire et régionaux, plusieurs responsables tunisiens estiment que le véritable défi est d'ordre social. Chaque jour dévoile le caractère factice de la bonne santé de l'économie. A peine le dictateur enfui, un nombre incroyable de revendications ont surgi. Si la Tunisie a souvent été présentée comme l'un des rares pays arabes épargnés par la crise du logement (grâce à une politique volontariste d'accession à la propriété), il apparaît désormais qu'une partie de sa population peine à trouver un toit.

Les sous-traitants des entreprises européennes
visés par les grèves

Depuis la mi-février, les télévisions mettent en exergue la multiplication de constructions sauvages sur des propriétés en jachère ou supposées appartenir à d'anciens responsables en fuite ou emprisonnés. Le phénomène a pris une telle ampleur que le ministère de l'intérieur a mis en garde ces « indus occupants » et appelé la population à respecter le droit de propriété. Selon un cadre de la Banque centrale, le pays aurait besoin de construire cent dix mille logements sociaux afin de répondre à la demande la plus urgente ; un chiffre qui ne tient pas compte des attentes des jeunes chômeurs obligés de vivre chez leurs parents.

Les salaires et les conditions de travail mobilisent également. Entre le 1er et le 15 février, pas moins d'une centaine de conflits sociaux ont éclaté, y compris dans des entreprises que l'on croyait à l'abri, comme Tunis Air. Partout, les revendications reposent sur le même triptyque : départ des directions jugées trop compromises avec l'ancien régime, hausse des salaires et amélioration des conditions de travail. A chaque fois, les autorités appellent à la patience et à la responsabilité, tout en reconnaissant qu'il s'agit de l'un des chantiers prioritaires de la transition.

Dans ce domaine, le gouvernement avance sur un terrain miné : la contestation sociale remet directement en cause l'ensemble du modèle économique. En effet, le mouvement concerne aussi les entreprises entièrement tournées vers l'exportation. Avec des salaires jusqu'à vingt fois inférieurs à ce qui se pratique en Europe, les ouvriers du textile, mais aussi des équipementiers automobiles, des fabricants de composants électroniques et même de l'aéronautique, ont décidé de faire entendre leur voix et d'obtenir des hausses de salaires immédiates. Même situation dans les centres d'appels ou les sociétés de sous-traitance administrative des entreprises européennes, notamment des banques ainsi que des sociétés d'audit et de comptabilité.

« Jusqu'à présent, les entreprises totalement exportatrices évoluaient dans une zone de non-droit, avec des règles sociales allégées et une grande difficulté d'implantation pour les syndicats », explique-t-on à l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Selon la presse, la police du régime Ben Ali empêchait toute agitation sociale dans ces secteurs jugés vitaux. Du coup, la centrale syndicale entend bien obtenir la révision des lois sur ces entreprises et sur les zones franches.

La demande sociale est telle que l'UGTT s'impose d'ores et déjà comme l'un des principaux acteurs de la transition. Le gouvernement provisoire ne prend aucune grande décision sans la consulter ; même la liste des nouveaux gouverneurs et ambassadeurs lui aurait été soumise. Face à elle, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica) n'est guère en position de force : l'instance patronale s'est compromise avec l'ancien pouvoir, obtenant qu'il mette les syndicats au pas. La chute de M. Ben Ali pourrait donc casser l'image d'une Tunisie revendiquant le moins-disant social au sud de la Méditerranée pour attirer les sociétés étrangères.

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