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October 04 2011

L'unité retrouvée des peuples arabes

Depuis le début des révoltes au Machrek et au Proche-Orient, ce que l'on dénommait jusqu'ici avec dédain « la rue arabe » s'est transformé en « peuple », toutes classes sociales et toutes tranches d'âge confondues. Les revendications sont simples et claires, loin de tout jargon idéologique et de toute tentation démagogique, religieuse ou particulariste.

- 2011/04 / Égypte, États-Unis (affaires extérieures), Irak, Israël, Liban, Palestine, Proche-Orient, Syrie, Tunisie, Monde arabe, Conflit israélo-arabe, Économie, Identité culturelle, Idéologie, Inégalités, Islam, Mouvement de contestation, Relations Nord-Sud, Pauvreté, Religion, Terrorisme, Fondamentalisme, Maghreb, article, 2011/04 - Monde arabe, Réveil arabe 2011-

Le pétrole libyen de main en main

A travers l'histoire du pétrole apparaissent les batailles menées pour le contrôle de cette ressource stratégique et la manière dont les compagnies occidentales se sont forgé un fief en Libye. Bien avant l'intervention.

A priori, c'est inexplicable. Ses rares partenaires le tenaient pour imprévisible, incohérent et capricieux. En 1986, le président américain Ronald Reagan l'avait traité de « chien fou du Proche-Orient (1) », avant d'envoyer la VIe flotte bombarder la Libye et de lui imposer un embargo pétrolier sévère. L'homme faisait alors figure de paria... Pourtant, le colonel Mouammar Kadhafi a réussi, vingt ans après, à ramener son pays dans le peloton de tête des exportateurs de pétrole brut, grâce, entre autres, aux grandes compagnies pétrolières américaines. Comment une telle prouesse a-t-elle été possible ?

Sans doute « Kadhafi le pétrolier » aura-t-il fait montre d'un esprit plus rationnel dans la conduite des affaires du secteur que dans ses autres initiatives politiques, intérieures ou extérieures — peut-être parce qu'il s'en est moins mêlé. Sans doute, aussi, les pétroliers du monde entier ont-ils appris à vivre — et à gagner de l'argent, beaucoup d'argent — dans l'environnement libyen, particulièrement instable sinon hostile. Mais tout de même.

Le paradoxe vient de loin. En 1951, la Libye, longtemps appelée « royaume du vide », accède à l'indépendance dans le plus complet dénuement. Elle est le fruit de l'union anachronique entre un impérialisme britannique déclinant et une confrérie musulmane saharienne, les Senousis (dont le roi est issu). Sa seule exportation ? La ferraille ramassée sur les champs de bataille de la seconde guerre mondiale.

Les travaux de géologues italiens réalisés dans les années 1930 — et poursuivis par des experts de l'armée américaine — suggèrent la présence de pétrole dans le sous-sol du vaste pays (un million sept cent mille kilomètres carrés). La loi pétrolière, adoptée en 1955, marque une rupture avec la règle d'un concessionnaire unique par pays jusque-là en vigueur au Proche-Orient : l'Anglo-Iranian en Iran, l'Aramco en Arabie saoudite ou l'Irak Petroleum Company en Irak (2). Au contraire, en Libye, les concessions sont limitées dans le temps (cinq ans) et dans l'espace. Quand le pétrole jaillit, le choix s'avère judicieux.

L'exploration démarre en trombe avec une dizaine de compagnies. Six ans après, en 1961, Exxon inaugure le terminal de Marsa el-Brega : une première cargaison est embarquée. En moins de cinq ans, la production dépasse le million de barils/jour, du jamais-vu. Dix-neuf compagnies, dont Exxon, Shell, BP et ENI, opèrent en 1962, trente-neuf en 1968. Un nouveau modèle pétrolier est né, qui s'imposera peu à peu dans le reste du monde.

Le « cheikh rouge » joue les compagnies
les unes contre les autres

Dès son arrivée au pouvoir — à la suite d'un coup d'Etat, le 1er septembre 1969 —, le colonel Kadhafi prend l'initiative. Il entend décrocher un prix plus élevé pour le brut libyen. Conseillé par le premier ministre saoudien du pétrole, Abdallah Tariki, dit « le cheikh rouge » — renvoyé par le roi Fayçal (1964-1975) pour son audace —, il joue les compagnies les unes contre les autres, opposant d'abord la plus grande, Esso, à un petit indépendant, Occidental, et réduisant autoritairement de moitié leur production journalière afin d'arracher une hausse des revenus pour le Trésor. La première peut remplacer le brut local par sa production dans d'autres pays. Le second, qui ne possède rien hors de Libye, est le maillon faible, d'autant que les majors, les sept plus grandes compagnies du monde (3), refusent de lui céder un seul baril. « Il a tous ses œufs dans le même panier », ricanent les négociateurs libyens (4). La société signe sa reddition. Le canal de Suez étant fermé, le Cartel (5) capitule en septembre 1970 ; prix et impôts augmentent de 20 % d'un coup.

La preuve est faite aux yeux des autres pays exportateurs : il vaut mieux avoir affaire à plusieurs opérateurs qu'à un seul et il est sage d'équilibrer la présence de grandes compagnies internationales par celle d'autres sociétés, plus modestes, sans ressources alternatives. Les indépendants et les sociétés d'Etat européennes font leur percée sur la scène pétrolière mondiale.

M. Kadhafi et son Conseil de commandement de la révolution, en bons disciples du président égyptien Gamal Abdel Nasser, sont bien décidés à récupérer les richesses nationales. Mais ils ont aussi médité plusieurs expériences malheureuses : celle du premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, chassé du pouvoir par la Central Intelligence Agency en 1953 pour avoir osé s'attaquer à l'Anglo-Iranian ; celle, aussi, du colonel algérien Houari Boumediene, qui, après avoir nationalisé les gisements des compagnies françaises en 1971, a dû faire face à un embargo onéreux.

Là encore, Tripoli fait du sur-mesure. En décembre 1971, les soldats iraniens du chah ont occupé les îles d'Abou Moussa, de la Grande et de la Petite Tomb, dans le Golfe, à la veille de l'évacuation de la région par les troupes britanniques. Pour punir le Royaume-Uni d'avoir laissé occuper ces territoires, le gouvernement libyen nationalise British Petroleum (BP). Le prétexte est ténu mais l'enjeu de taille : BP détient la majorité du gisement de Sarir, le plus important du pays. Après une querelle juridique tumultueuse, un accord est conclu : la Libye reprend le contrôle de l'ensemble du gisement...

En quelques années, le revenu du pays
est multiplié par cinq

A chaque épreuve de force, le scénario est le même. Les techniciens étrangers endurent brimades et harcèlements, le travail ralentit sur les plates-formes et la productivité en prend un coup. Dégoûtés, Gulf, Philips, Amoco, Texaco, Socal et d'autres abandonnent tour à tour leurs gisements (et quittent le pays). La société publique, la Libyan National Oil Company (LNOC), formée à l'école américaine, reprend l'exploitation sans trop de difficultés. En dix ans, le revenu du pays est multiplié par cinq, pour atteindre 10 000 dollars par tête en 1979.

Les difficultés vont venir du côté politique. En décembre 1979, les Etats-Unis publient leur première liste des Etats qui soutiennent le terrorisme. La Libye y figure en bonne place, notamment pour son aide à des mouvements palestiniens radicaux. Peu après, Washington ferme son ambassade à Tripoli, puis interdit aux ressortissants américains d'acheter du brut libyen. Enfin, en juin 1986, c'est tout le commerce avec la Jamahiriyya (néologisme créé à partir de deux mots arabes signifiant « république » et « masses populaires ») qui est déclaré hors la loi.

L'attentat contre un Boeing 747 de la PanAm au-dessus de Lockerbie, le 21 décembre 1988, puis celui contre un DC10 de la compagnie française UTA, le 19 septembre 1989, débouchent sur des sanctions internationales qui vont affecter l'industrie pétrolière libyenne. Celles-ci s'ajoutent à d'autres embarras, comme la baisse des cours mondiaux du brut, le poids de chantiers pharaoniques ou la désorganisation de l'économie nationale à la suite de l'application des recommandations du Livre vert — un long et abscons tract anarcho-collectiviste commis par le Guide de la révolution, qui rêve à une « troisième voie universelle », à mi-chemin entre le capitalisme et le marxisme.

Si la LNOC trouve sans difficulté de nouveaux marchés en Europe, en Turquie et au Brésil pour remplacer les débouchés perdus outre-Atlantique, l'embargo torpille ses plans de développement dans l'exploration, la pétrochimie et le gaz naturel. Faute de pouvoir attirer les capitaux occidentaux, la technologie, le savoir-faire et les équipements made in America, les grands projets sont à l'arrêt. Des réseaux se mettent bien en place pour contourner l'embargo via la Tunisie et l'Egypte, mais il faut payer au prix fort des aigrefins bien placés qui se recrutent sur les deux rives de la Méditerranée. Le moindre boulon revient cinq à six fois plus cher qu'avant 1986. Les gisements vieillissent et il devient impératif de relancer l'exploration si l'on veut éviter un effondrement de la production.

La période 1992-1999 est particulièrement douloureuse. La croissance de l'économie s'effondre (+ 0,8 % par an) et le revenu par tête baisse de 20 %. Le mécontentement gronde, des révoltes éclatent, notamment en Cyrénaïque, et les tentatives de renversement du régime se multiplient. Il est temps pour le colonel Kadhafi de mettre les pouces. Toute honte bue, il livre aux autorités britanniques ses propres agents accusés dans l'attentat de Lockerbie, indemnise grassement leurs deux cent soixante-dix victimes (un peu moins les cent soixante-dix victimes du DC10 d'UTA). Après le 11 septembre 2001, Tripoli se range derrière Washington parmi les partisans d'un antiterrorisme islamique sans nuance. Enfin, en 2003, quelques jours après l'entrée des blindés américains dans Bagdad, M. Kadhafi renonce publiquement à doter son pays de l'arme nucléaire.

Priorité a été accordée
aux pétroliers d'outre-Atlantique

Le 13 novembre 2003, les dernières sanctions internationales sont levées et la route est libre pour la relance pétrolière. M. Kadhafi rêve de doubler rapidement la production pour la porter à plus de trois millions de barils/jour, ce qui ferait de la Libye l'égale de l'Iran et un membre influent de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le cartel qui oriente les prix de l'or noir. En août 2004, la LNOC met aux enchères quinze permis de prospection. C'est la ruée.

Cent vingt compagnies manifestent leur intérêt, dont plusieurs géants américains et britanniques qui avaient quitté la Libye en 1986 sans jamais avoir été nationalisés. Onze des quinze « blocs » sont attribués à des américains (Occidental, Amerada Hess, ChevronTexaco). Clairement, la priorité du pouvoir est d'associer une nouvelle fois les pétroliers d'outre-Atlantique à son industrie, au détriment des sociétés européennes comme Total qui, pourtant, l'avaient soutenu pendant la période des sanctions (6). De leur côté, les pétroliers internationaux trépignent d'impatience, même si les conditions imposées sont sévères — 133 millions de dollars à verser à la signature, un minimum de 300 millions de dépenses d'exploration — et le rendement modeste. Selon les milieux professionnels, il leur restera au mieux 38,9 % de la production, mais plus sûrement à peine 10,8 %.

D'où vient cette fascination réciproque et durable entre les compagnies, des plus petites aux plus grandes, et un pays aussi difficile pour elles que la Libye ? Certes, son brut est d'excellente qualité et ses gisements sont proches des centres de raffinage européens, parmi les plus importants du monde. Actuellement, le pétrole libyen représente environ 15 % de la consommation de la France et moins de 10 % de celle de l'Union européenne.

Mais, surtout, le rapport de forces a été bouleversé en un demi-siècle. En 1960, les majors, en majorité anglo-saxonnes, contrôlaient la plus grande partie de la production des pays non communistes. Aujourd'hui, les sociétés nationales des pays producteurs les ont remplacées (7). Désormais propriétaires du sous-sol, elles en contrôlent l'accès, même si elles ont toujours besoin des compagnies internationales pour un moment essentiel de l'activité pétrolière : l'exploration, la prospection de nouveaux gisements.

Chercher du pétrole est risqué, coûte très cher, exige donc des capitaux énormes, mais aussi un savoir-faire technologique de pointe. Les sociétés nationales ne disposent ni des uns ni de l'autre. L'argent qu'elles gagnent est dépensé pour l'essentiel ailleurs que dans l'industrie pétrolière nationale (la famille Kadhafi — six fils et une fille — prend plus que sa part) et leur zone d'activité propre ne dépasse pas leurs frontières. Au-delà des expulsions, des révolutions et des nationalisations, les retrouvailles des unes et des autres sont donc inévitables, avec ou sans M. Kadhafi.


(1) CNN, 21 avril 1986.

(2) Cf. Ruth First, Libya : The Elusive Revolution, Penguin Books, Londres, 1974 , page 187.

(3) Les « sept sœurs », appelées aussi les majors, sont les quatre sociétés américaines présentes en Arabie saoudite dans l'Aramco (Exxon, Mobil, Chevron et Texaco), plus l'américaine Gulf et les britanniques Shell et BP.

(4) Daniel Yergin, The Prize : The Epic Quest for Oil, Money and Power, Simon & Schuster, New York, 1991.

(5) Créé entre 1929 et 1932 pour geler les parts du marché mondial dans la production de brut et la distribution des produits pétroliers, le Cartel a été établi par Standard Oil (Exxon), Shell, Anglo-Iranian (devenu BP), Socony (Mobil), Gulf, Atlantic et Sinclair. Il a permis de geler les prix du brut jusqu'au début des années 1970.

(6) Cf. Dirk Vandewalle, A History of Modern Libya, Cambridge University Press, 2006.

(7) Lire « Les Etats s'emparent de l'arme pétrolière », Le Monde diplomatique, mars 2007.

Soulèvement contre la bédouinocratie et son chef

La révolte libyenne n'est pas née spontanément. Elle a été préparée aussi bien par les tentatives de réforme du régime que par les initiatives courageuses de militants.

Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Al-Arabiya le 19 février, Saïf Al-Islam, fils de M. Mouammar Kadhafi, a déclaré qu'avec l'aide de son père, il projetait d'entreprendre des réformes profondes du système politique. Il a également annoncé qu'une semaine avant le déclenchement du soulèvement, le « Guide » avait rencontré certains des opposants et leur avait promis des modifications radicales de la Constitution, la convocation d'élections libres et la promulgation de nouvelles lois. Ce qu'il oubliait de dire, c'est que l'ouverture qu'il avait lui-même tentée en 2003 avait échoué en 2008 (1).

Il y a huit ans, Saïf Al-Islam avait en effet proposé un projet de réforme de la constitution. Il avait même fixé une date butoir pour son exécution : le 1er septembre 2008. Parmi les mesures envisagées, vingt et une lois fondamentales, dont une sur l'investissement et le code pénal et une autre sur les procédures civiles et commerciales. Ces réformes, avait-il assuré, s'inscrivaient dans le cadre d'une tentative visant à extraire la Libye de son isolement international. Mieux, il avait assorti cette initiative de l'appel à l'édification d'une société civile où évolueraient toutes sortes d'organisations indépendantes : syndicats, fédérations, ligues, associations juridiques et unions professionnelles. L'objectif étant de conférer au régime une légitimité constitutionnelle qui viendrait se substituer à la légitimité révolutionnaire et tribale sur laquelle s'était appuyé le colonel depuis son accession au pouvoir.

Toutefois, ces lois n'ont jamais été soumises à l'approbation du Parlement, le Congrès populaire général. En réalité, l'initiative semble n'avoir été qu'une manœuvre. Objectif ? Gagner du temps et façonner une meilleure image du régime dans les capitales occidentales. Le juge chargé de rédiger la Constitution a déclaré qu'il s'était principalement abreuvé à la source du Livre vert — le petit manuel des pensées du Guide —, assurant que sa mission n'était pas de changer la nature du régime… mais de regrouper des textes officiels préexistants. L'échéance fixée pour l'organisation d'élections et l'institution d'une Constitution n'a pas été respectée.

Quand le « guide » est inspiré
par Jean-Jacques Rousseau

Pour comprendre cet atermoiement, il faut remonter dans l'histoire et saisir les fondements de la pensée du colonel Kadhafi. Quand les « officiers libres » prennent le pouvoir le 1er septembre 1969, la Libye — très riche en pétrole et en gaz — compte deux millions et demi d'habitants, qui forment une société tribale composée à 75 % de Bédouins. Seules trois villes émergent alors : Tripoli, Benghazi et Misourata. Les principaux changements opérés par les nouveaux gouvernants consistent à abolir la monarchie, à instaurer la République arabe libyenne et à consacrer le « pouvoir du peuple » au cours d'un congrès, qui se tient en mars 1973. Dès 1972, la loi n° 17 bannit le pluralisme politique et interdit la création de partis, conformément à la devise : « Tout adhérent à un parti est un traître. »

L'Union socialiste arabe — devenue depuis les comités populaires — constitue alors la colonne vertébrale du système et, paradoxalement, enracine son orientation socialiste, alors même que le colonel Kadhafi prétendait explorer une « troisième voie » entre capitalisme et communisme.

Selon le chercheur tunisien Taoufik Monastiri, M. Kadhafi aurait été influencé par le penseur français Jean-Jacques Rousseau (2) : il en aurait fait sa référence pour instaurer en Libye une « bédouinocratie ». Un tel système se distingue par l'absence d'Etat, de président (remplacé par un « guide »), de partis (remplacés par des comités populaires qui dirigent l'administration) et, en contrepartie, par la mise en place de comités révolutionnaires (ainsi que de comités de contrôle appelés à régler les différends entre comités populaires et comités révolutionnaires). Le fonctionnement de ces structures reste totalement opaque, personne ne sachant comment leurs membres sont nommés.

M. Kadhafi a été constamment protégé par sa tribu, Al-Kadhafa. Ainsi, lorsque le colonel tenait à voyager avec sa fameuse tente à l'étranger, c'était pour rappeler à sa tribu que, même en dehors du pays, il ne l'avait jamais quittée. L'affaire paraît folklorique, mais elle constitue un message fort en direction des Bédouins, lesquels l'ont choisi non pas comme président mais comme dirigeant, un statut auquel M. Kadhafi renvoie chaque fois qu'il explique ne pas être destituable.

Durant son mandat, il a migré de l'arabisme vers le nationalisme et le tribalisme, contestant la civilisation urbaine. Il a fait de la khaima (tente) son domicile et exclu tous les ministres citadins. Il a aboli, en 1977, la direction collégiale que consacrait le Conseil de commandement de la révolution (CCR) qui s'est emparé du pouvoir en 1969. Il a réprimé les opposants progressistes, islamistes et nationalistes, mais a également exclu un à un ses compagnons d'armes, les « officiers libres ».

Le commandant Abdessalam Jalloud, numéro deux lors du putsch de 1969, s'est réfugié, depuis 1993, dans sa tribu, Al-Mhergua. Les commandants Mohamed Nejib et Mokhtar Karoui furent les premiers à démissionner du CCR, en 1972, en signe de protestation contre le refus de remettre le pouvoir aux civils. Au cours de la même année, le colonel Mohamed Al-Meguerief a été jugé dans des conditions obscures. Bechir Al-Houadi et Yaoudh Hamza ont été tués en 1975 ; Omar Mehichi en 1984. Depuis un quart de siècle, M. Abdelmonem Al-Houni a rejoint la dissidence, avant de se réconcilier avec le colonel — récemment — pour rompre avec lui à la suite du soulèvement de février 2011.

Les six fils de M.Kadhafi ont remplacé
les proches de leur père

Sur douze membres du CCR, il n'en est resté que trois : M. Aboubakr Younes Jaber, le commandant Khouildi Hamidi et le général Mustapha Kharroubi. Les trois étant relégués à des postes mineurs.

Progressivement, les fils de M.Kadhafi ont remplacé les proches de leur père. Ainsi, le ministre de la défense, M. Younes Jaber — qui vient de rejoindre les rangs des insurgés —, ne commandait que des unités marginales, alors que les forces les mieux armées sont sous la direction de quatre des fils de M. Kadhafi : Saadi, Moatissim, Mohammed et Khamis.

Après l'échec de son « ouverture », le colonel Kadhafi a surpris tout le monde en nommant son fils Saïf Al-Islam, en octobre 2010, « coordinateur des pouvoirs populaires » — fonction qui en fait un chef de l'Etat virtuel dirigeant les principales branches du pouvoir : le Congrès populaire général (Parlement), le Comité populaire général (gouvernement) et les forces de sécurité. Cette initiative a coïncidé avec la démolition, en avril 2010, du complexe carcéral d'Abou Salim, à la périphérie de Tripoli. Le but était d'effacer toute trace de la boucherie qui s'y est déroulée : mille deux cents détenus politiques y ont été assassinés en 1996, selon des organisations non gouvernementales (ONG). En le détruisant, on faisait échouer toute tentative d'enquête sur ce crime.

Dans ce climat politique suffocant, la simple idée d'organiser une manifestation pacifique exposait son auteur à de lourdes peines de prison. Le militant politique Jamal Al-Hajji et son compagnon Frej Houmid ont été condamnés par le tribunal de sécurité de l'Etat à respectivement douze et quinze ans de prison pour avoir planifié, avec dix autres accusés, une manifestation pacifique à Tripoli en février 2007, à l'occasion de la commémoration du décès de manifestants lors de violents affrontements avec les forces de sécurité ayant eu lieu à Benghazi un an plus tôt. Ce tribunal a également condamné en 2007 l'opposant Idriss Boufayed à vingt-cinq ans de prison pour complot contre le pouvoir et espionnage au profit d'un pays étranger, après qu'il eut contacté un diplomate américain accrédité à Tripoli.

Une effervescence de la société civile
annonciatrice de la révolte

Exaspérées par les exactions et l'absence de liberté, les élites ont commencé à élever la voix et à critiquer ouvertement le dictateur, ses sbires et la tutelle du pouvoir. Lors d'une conférence donnée en août 2010 à Benghazi sur le thème « La tribu et le tribalisme en Libye », Mme Amel Laabidi, professeure au département des sciences politiques à l'université de Gar Younis (Tripoli), a critiqué le poids de l'appartenance tribale dans le domaine politique. Ce qu'illustre la création, au début des années 1990, de la « direction populaire sociale », qui a reçu pour mission d'ériger la tribu en institution officielle et d'en faire un partenaire politique. En l'absence d'institutions d'Etat, cette préoccupation tribale a conduit à des phénomènes de corruption, de non-respect de la loi et de menace sur la sécurité du pays.

Pour sa part, l'ancien bâtonnier Mohamed Ibrahim Al-Allagui a critiqué, en septembre 2010, le pouvoir absolu détenu par les comités populaires et plaidé pour leur soumission à la loi et pour l'instauration du pluralisme politique. Au cours de la même période, il a attaqué en public le secrétaire chargé des affaires des unions, syndicats et ligues professionnelles au Congrès, M. Mohamed Jibril (véritable ministre de l'intérieur), et l'a accusé d'influencer les résultats des élections des bureaux des associations civiles.

Le syndicat des avocats de Benghazi s'est vu interdire l'été dernier, par le même M. Jibril, la tenue de son assemblée ordinaire destinée à élire un nouveau conseil de l'ordre des avocats, dont le mandat avait expiré depuis une année.

Dans un article paru le 10 septembre 2010 dans le journal Oya, Mme Ezzat Kamel Al-Makhour, fille de l'ancien ministre des affaires étrangères, a défendu le droit des citoyens de créer des syndicats indépendants. Elle a critiqué la loi de 2001 sur les associations civiles, qui ne soumet plus le contrôle de celles-ci à la vigilance des juges mais au pouvoir exécutif, la jugeant « peu respectueuse des droits humains » et « plus sévère et dissuasive que ses antécédentes ».

Face à cette effervescence, le pouvoir est tantôt divisé, tantôt, notamment quand ses intérêts sont en jeu, uni. L'agression contre le journaliste Mohamed Larbi Essarit, fin septembre 2010 à Benghazi, en est une illustration édifiante. Connu pour ses écrits critiques, il a été gravement blessé et hospitalisé, mais la police l'a emmené malgré son état pour l'interroger. La Fondation Kadhafi internationale pour la charité, dirigée par Saïf Al-Islam, s'est empressée, par la voix de son association des droits humains, d'écarter toute responsabilité des forces de sécurité dans cette affaire.

Cet autisme du pouvoir, l'appropriation par la famille Kadhafi de tous les centres de décision et des postes stratégiques dans l'institution militaire, le quadrillage de la population et le muselage de la presse ont fermé la porte à tout changement pacifique et poussé le peuple à l'insurrection.


(1) Lire Helen De Guerlache, « Quand la Libye se reconnecte au monde », Le Monde diplomatique, juillet 2006.

(2) Cf. « Mu'ammar Kadhafi », Encyclopædia Universalis, Paris.

Abattre le pouvoir pour libérer l'Etat

L'affaiblissement de l'Etat, la libéralisation de l'économie et l'appauvrissement de la société ont nourri les révoltes arabes.

Les fondements du « printemps » sont à rechercher bien au-delà des seules revendications pour les libertés publiques et la démocratie. C'est par l'économie politique que s'explique le rejet de cette « exception arabe », à laquelle le nouveau réveil veut mettre fin : des régimes autoritaires et stables depuis les années 1970. Car si, dans cette partie du monde, les monarchies sont absolues et les républiques verrouillées par des présidents à vie (et par des charges héréditaires), c'est qu'un pouvoir suprême (1) s'est érigé au-dessus de l'Etat et des institutions bâties à l'indépendance, se donnant les moyens de durer.

Quels sont ces moyens ? Il y a bien sûr les services de sécurité que ce pouvoir contrôlait directement et qui échappaient à toute supervision. Ainsi, il n'était pas rare de voir tel membre desdits services réprimander un ministre ou lui imposer une décision. Mais il a bien fallu financer ces appareils tentaculaires, tout comme les différents réseaux clientélistes insérés dans les partis uniques ou inféodés. Et les fonds ne provenaient pas réellement des budgets publics, comme ceux de la police ou de l'armée, mais de différentes sources de revenus.

La rente pétrolière avait augmenté considérablement après l'explosion du prix du brut en 1973. Dans les circuits de commercialisation, et en connivence avec les grandes multinationales, une partie des recettes atterrissait directement dans les caisses des familles royales ou « républicaines ». L'or noir n'était cependant pas la seule ressource captée par le pouvoir. Après les commissions perçues sur les grands contrats publics (civils comme militaires) — qui diminuaient en volume du fait des réductions budgétaires, « ajustement structurel » oblige —, de nouvelles occasions se sont présentées. Ainsi, les années 1990 ont vu à la fois l'introduction de la téléphonie mobile et la première grande vague de privatisation des services publics, avec différentes sortes de « partenariats public-privé » (les contrats de type BOT (2)). Cette téléphonie mobile dégageait des marges importantes, surtout au début, lorsque ses clients se recrutaient au sein des couches les plus aisées de la population, disposées à payer des prix élevés. Entre les grands opérateurs multinationaux, les hommes d'affaires les plus influents et les pouvoirs en place, la bataille a fait alors rage pour le captage de la rente correspondante. Le conflit qui oppose l'égyptien Orascom aux militaires algériens autour de l'opérateur Djezzy en est une illustration, comme celui qui a vu s'affronter le même Orascom et Syriatel en Syrie. Cette lutte s'accompagne de l'émergence des premières grandes multinationales arabes, tels cet Orascom ou Investcom au Liban.

Fascinés par le « miracle Dubaï »,
tous les pouvoirs arabes ont tenté de le reproduire

La mondialisation croissante des économies arabes et les exigences imposées par le Fonds monétaire international (FMI) — avec le soutien de la Commission européenne pour les pays méditerranéens — ont accru la mainmise du pouvoir sur l'économie, en particulier après les effondrements financiers de 1986 (3) : diminution des investissements publics ainsi que du rôle de régulation des gouvernements ; implantation de grandes multinationales en position de monopole ou d'oligopole (cimenteries, distribution, etc.), moyennant partage de la rente induite avec le sommet du pouvoir. Tous les dirigeants des grandes entreprises mondiales savaient où se prenaient réellement les décisions et qui étaient les partenaires locaux imposés : les Trabelsi et Materi en Tunisie, les Ezz et Sawires en Egypte, les Makhlouf en Syrie, les Hariri au Liban, etc. Les Sawires ayant fini par vendre leur participation dans Orascom-Mobinil à France Télécom avant la « révolution » égyptienne, ainsi que leurs parts dans des cimenteries, M. Najib Sawires peut cependant apparaître comme acteur du changement dans son pays. Et M. Najib Mikati, qui avait vendu Investcom au groupe sud-africain MTN, est actuellement chargé de constituer le nouveau gouvernement au Liban.

Plus tard vint l'immobilier. Entraînés par l'enthousiasme général dont jouissait le « miracle Dubaï », tous les pouvoirs arabes se sont lancés dans des opérations immobilières spectaculaires, qui permettaient de dissimuler le mélange des intérêts publics et privés. Des terrains ont été déclarés d'utilité publique pour être vendus à bas prix aux promoteurs ; les centres-villes historiques ont été délaissés pour offrir leurs riads à rénover à des investisseurs fascinés par le « charme de l'Orient ». Et les prix de l'immobilier local ont fini par rivaliser avec ceux qui sont pratiqués à Tokyo, à Paris ou à Londres.

Le rouage essentiel de toute cette machine a été le secteur bancaire. Il a permis non seulement de blanchir la rente acquise, mais aussi de la recycler dans des opérations immobilières et commerciales. Il a également servi d'instrument au pouvoir, auquel il a permis de s'assurer l'allégeance durable des entrepreneurs locaux par le biais du crédit (4).

Mais ce développement exceptionnel avait son revers : l'affaiblissement de l'Etat et des services publics. Les membres des gouvernements étaient cooptés au sommet de l'Etat ; dans le meilleur des cas, il s'agissait de technocrates, issus des grandes institutions internationales (la Banque mondiale, en particulier), auxquels il manquait une légitimité électorale ou un programme dont ils auraient eu à rendre compte. L'Etat n'était plus perçu que comme une bureaucratie. Même l'armée s'affaiblissait au profit de forces prétoriennes bien équipées, garantes de la pérennité du pouvoir (5).

Le mode de gouvernement finit alors par ne plus ressembler en rien à celui qui s'était imposé après les indépendances — et avait permis l'électrification des campagnes ou la généralisation de l'éducation publique. Les services publics se détérioraient, au profit d'une privatisation rampante. En Arabie saoudite, à Djedda, l'eau courante ne coule dans les robinets qu'une fois par semaine, et un prince a laissé construire sur l'oued sans réseau d'évacuation des eaux, ce qui a provoqué deux inondations meurtrières.

Chaque fois qu'un scandale éclate, des campagnes anticorruption sont lancées, aux effets limités. Comme s'il ne s'agissait que d'une question morale, pas d'une prédation systémique sur la valeur ajoutée, pratiquée par un groupe dirigeant assimilable au... grand capital.

A la base de la pyramide sociale, ce sont la dignité humaine et la valeur du travail qui sont bafouées. Un tiers environ des actifs sont employés dans le secteur informel, celui des « petits boulots » ; ils ne sont pourtant pas pris en compte dans les statistiques du chômage — ce qui n'empêche pas ces dernières d'afficher depuis deux décennies un taux à deux chiffres. Un autre tiers est employé dans le secteur privé dit formel ; il s'agit essentiellement soit de travailleurs indépendants, soit de « salariés » sans contrat de travail, sans sécurité sociale, sans retraite ni véritables droits syndicaux… au point que la notion même de salariat se perd (6). Du moins hors du secteur public et de l'administration, où les droits sociaux restent préservés et dont les postes sont convoités, notamment par les femmes.

Le marché du travail est d'autant plus segmenté que ces pays ont accueilli des flux importants de migrants. Qu'ils soient résidents permanents (réfugiés palestiniens, irakiens, soudanais ou somaliens) ou temporaires (travailleurs asiatiques, notamment), ils subissent une dégradation plus forte encore de leurs droits économiques et sociaux, et une exploitation qui fait elle-même l'objet d'une prise de rente parfois significative.

C'est l'Etat de droit qu'il s'agit de reconstruire dans les pays arabes. Un Etat où le pouvoir est temporaire, soumis aux institutions et non en lévitation au-dessus d'elles ; et où les rentes du pouvoir auront été démantelées, tout comme les monopoles, afin de libérer l'énergie d'entreprendre. Un Etat où les libertés publiques et sociales sont garanties, de façon à ce que ceux qui travaillent acquièrent leurs droits dans la lutte et la négociation. Cela ne sera pas chose facile, car la tendance mondiale, y compris en Europe, ne pointe pas dans cette direction...


(1) Samir Radwan et Manuel Riesco, « The changing role of the state », Economic Research Forum, 2007.

(2) Build-Operate-Transfer : type de contrat d'affermage permettant de déléguer des concessions à des investisseurs privés pour une durée limitée.

(3) Une chute brutale du prix du pétrole a alors mis l'Algérie et la Syrie en situation de cessation de paiement. Le même phénomène s'est renouvelé à moindre échelle en 1999.

(4) Cf. l'enquête de Béatrice Hibou concernant le cas tunisien dans La Force de l'obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, La Découverte, Paris, 2006.

(5) Lire Salam Kawakibi et Bassma Kodmani, « Les armées, le peuple et les autocrates », Le Monde diplomatique, mars 2011.

(6) Cf. Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 105-106, « Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient », Edisud, Aix-en-Provence, 2005.

Les mesures adoptées depuis le début de la contestation

Algérie

Mesures économiques et sociales

— Déblocage de 20 milliards d'euros pour diverses mesures sociales, notamment des prêts à 0 % pour les jeunes. Abandon de toute mesure visant à contrôler le commerce informel.

— Le salaire des professeurs d'université a été quasiment quadruplé, de 50 000 à 200 000 dinars (de 500 à 2 000 euros environ). Des aides directes ont été promises aux jeunes chômeurs.

— Les greffiers de justice, qui étaient en grève, ont obtenu une augmentation salariale de 110 %.

— Selon le ministre de l'intérieur, M. Daho Ould Kablia, huit des quatorze revendications avancées par les gardes communaux (qui suppléent la gendarmerie) ont été satisfaites, notamment l'augmentation des salaires et des primes ainsi que le paiement des congés et des heures supplémentaires.

— Les taxes sur le sucre ont été réduites.

— Des investissements d'infrastructure seront lancés pour un montant de 112 milliards d'euros.

Mesures politiques

— L'état d'urgence, en vigueur depuis dix-neuf ans, a été levé.

— D'« importantes réformes politiques » ont été annoncées, le 19 mars, par le président Abdelaziz Bouteflika, sans autre précision.

Arabie saoudite

Mesures économiques et sociales

— Un premier plan de 25,6 milliards d'euros a été notifié en février. Le 18 mars, le roi en annonçait un second, qui se chiffre en dizaines de milliards de dollars : l'équivalent de deux mois de salaire versé en prime à tous les fonctionnaires ; une allocation de 375 euros attribuée à tous les chômeurs ; réévaluation du salaire minimum des nationaux à 560 euros ; allocation de crédits pour la construction de 500 000 logements ; une enveloppe de 3 milliards d'euros accordée au secteur de la santé.

— Création d'une commission de lutte contre la corruption.

— Recrutement de 60 000 fonctionnaires de police.

Mesures politiques

Aucune.

Bahreïn

Mesures économiques et sociales

— Baisse de 25 % du montant des remboursements de prêt pour les bénéficiaires des programmes de logements (soit 35 800 familles).

— Le ministre de l'intérieur a annoncé la création de 20 000 emplois, le roi, une subvention de 1 790 euros par famille.

Mesures politiques

Dans un premier temps, le pouvoir a libéré les prisonniers politiques, renvoyé plusieurs ministres, accepté le principe d'un Parlement qui disposerait de réels pouvoirs. Devant le refus des manifestants d'accepter des concessions de façade, le roi a fait appel, le 15 mars, aux troupes des pays du Conseil de coopération du Golfe, proclamé l'état d'urgence et décidé l'arrestation de nombreux opposants.

Jordanie

Mesures économiques et sociales

— Augmentation de salaire pour les employés du secteur public et les militaires.

— Création de 21 000 emplois dans le secteur public, dont 6 000 dans la police et la gendarmerie.

— Réduction des taxes sur le carburant et les produits alimentaires.

— Augmentation des crédits alloués aux projets visant le développement des régions les plus pauvres.

Mesures politiques

— Le 1er février, le roi Abdallah II a nommé M. Marouf Bakhit au poste de premier ministre pour remplacer M. Samir Rifaï, dont les manifestants réclamaient la démission.

— Le 20 février, il a appelé le gouvernement, le Parlement et la justice à engager des « réformes politiques réelles ».

Koweït

Mesures économiques et sociales

— Versement à chaque citoyen d'une prime de 2 647 euros.

— Distribution gratuite de rations alimentaires pour une valeur totale de 600 millions d'euros.

Libye

Mesures économiques et sociales

— Versement d'une subvention de 324 euros par famille et augmentation de 150 %des salaires de certaines catégories du secteur public.

— Abolition des impôts et des droits de douane sur les produits alimentaires.

Maroc

Mesures économiques et sociales

— Une rallonge de 15 milliards de dirhams (1,5 milliard d'euros environ) va être allouée à la caisse chargée de subventionner les biens de consommation, notamment le pétrole et le gaz. L'instance voit ainsi son budget quasiment doubler.

Mesures politiques

— Dans son discours du 9 mars, le roi Mohammed VI a annoncé une réforme constitutionnelle renforçant le statut du premier ministre (issu du parti arrivé en tête des élections), l'Etat de droit, l'indépendance de la justice et reconnaissant dans le texte la composante « berbère amazigh ».

Oman

Mesures économiques et sociales

— Le sultan Qabous a promis la création de 50 000 emplois et une allocation mensuelle de 350 euros pour les chômeurs.

— Augmentation du salaire minimum de 261 euros à 373 euros.

Mesures politiques

— Renvoi de dix ministres. Parmi les nouveaux, quatre sont issus du Conseil consultatif, dont les membres sont élus.

— Annonce du transfert de certaines compétences législatives au Conseil d'Oman (Parlement bicaméral dont la chambre haute est nommée), dont l'ampleur sera précisée par un amendement à la Constitution rédigé par une commission placée sous le contrôle du sultan.

Syrie

Mesures économiques et sociales

— Déblocage de 187 millions d'euros en faveur des plus pauvres. Par ailleurs, l'aide mensuelle pour le fioul domestique passera de 14,70 à 23,50 euros, première augmentation depuis 2001.

— Réduction des taxes sur le café et le sucre, ainsi que des droits de douane sur les produits alimentaires.

— Hausse de 30 % des salaires des fonctionnaires.

Mesures politiques

— Annonce d'une levée rapide de l'état d'urgence, d'une réforme des lois sur les partis et la presse.

— Promesse qu'une justice indépendante serait instaurée.

Yémen

Mesures politiques

— Le président Ali Abdallah Saleh a annoncé qu'il ne présenterait pas sa candidature en vue d'une réélection en 2013 ; il a également fait savoir qu'il n'a pas l'intention de transférer le pouvoir à son fils.

— Promesse d'élections présidentielle et législatives anticipées d'ici à la fin de 2011.

— Dissolution du cabinet du président le 20 mars.

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