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Les forces armées, laboratoire du changement

Comme la veille, l'avant-veille et le jour précédent, le journaliste décroche son téléphone : « C'est au sujet de ma demande d'entretien avec un représentant des forces armées... » La réponse ne varie pas : « Oui, j'ai bien noté, mais je crois que cela va être difficile. » Discrète, l'armée n'en est pas moins omniprésente à Cuba. Et pas uniquement depuis l'arrivée au pouvoir de celui qui fut ministre de la défense de 1959 à 2006, le général Raúl Castro.

Jusqu'au début des années 1990, Cuba avait compté sur l'Union soviétique pour ses équipements militaires. Soudain, l'armée doit s'autofinancer. Pour y parvenir, elle diversifie ses activités : gestion d'hôtels, tourisme, industrie, construction, immobilier, banque et services financiers, chaînes de boutiques en devises, production de cigares, location de voitures…

Affaiblie militairement — les effectifs, d'environ trois cent mille soldats au début des années 1960, ont plongé à environ quarante-cinq mille au début des années 2000 (1) —, l'armée déploie en revanche son influence sur les plans politique et économique. M. Raúl Castro a remplacé la quasi-totalité des ministres nommés par son frère aîné, leur préférant souvent d'anciens officiers ou des militaires détachés. Attentive à la politique extérieure, l'armée craint avant tout qu'un rapprochement politique avec le Venezuela ne conduise à une situation de dépendance, comme à l'époque de l'Union soviétique. Foin d'idéologie, il s'agit de multiplier les partenaires : Brésil, Chine ou Russie.

Même si aucun chiffre officiel n'est disponible, le ministère de la défense (Minfar) contrôlerait plus ou moins directement 50 % de l'économie cubaine. Sans hésiter à puiser dans les techniques du management moderne des grandes entreprises occidentales, le Minfar a mis au point son propre modèle de gestion — le perfeccionamiento empresarial ou optimisation d'entreprise — d'une redoutable efficacité.

Célébrées par The Economist comme les « pionnières du capitalisme cubain (2) », les forces armées se présentent comme un laboratoire pour la « modernisation » de la société. Le 29 janvier 2011, un éditorial de Granma dénonce une fois de plus la bureaucratie. Mais, précise-t-il, le remède existe : « Pour notre plus grande chance, à nous Cubains, nos forces armées ont su trouver un antidote contre ce mal que nous n'avons pas réussi à extirper de la société. »


(1) « Paymaster generals », The Economist, Londres, 13 décembre 2001.

(2) « Fading away », The Economist, 3 août 2006.

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Schweinderl