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Al-Jazira vit une situation de deuil



Lundi matin, n'importe quelle télévision, radio, journal se devait d'évoquer cet événement au moins au travers des faits : que s'est-il passé, comment, etc. Mais on a un peu l'impression, en voyant ça en langue arabe, qu'Al-Jazira vit une situation de deuil à peine dissimulée, de tristesse, de frustration. On n'est pas dans l'évocation neutre des faits, ni dans ce qu'a commis cette organisation depuis vingt ans. Il faut reconnaître que du côté américano-occidental, certains médias n'ont pas non plus fait montre d'un grand professionnalisme mettant en valeur les scènes de liesse dans les rues, avec la fameuse expression du Far West " we got him ! ". Mais sur Al-Jazira, les images de reportages qui passent en boucle montrent le chef d'Al-Qaida dans une posture beaucoup plus paisible, parfois même humaniste. Les commentaires écrits à chaud par la rédaction d'Al-Jazira évoquent davantage le désintéressement de Ben Laden pour la vie facile et mondaine et sa recherche des bienfaits du travail, du combat, du djihad...

A aucun moment Al-Jazira ne juge nécessaire d'accorder de l'espace à ceux atteints par les attentats d'Al-Qaida visant des civils innocents, même en terre arabo-musulmane, ni ne diffuse la moindre image des corps déchiquetés des dizaines de milliers de ces victimes au Yémen, au Pakistan, en Indonésie, en Asie centrale, en Turquie, en Irak, en Somalie, au Soudan, en Egypte, en Algérie, voire en Arabie saoudite et à Gaza, sans parler des milliers de victimes en Europe et aux Etats-Unis. Al-Jazira a été jusqu'à installer une terminologie distinctive choquante en hissant les victimes des bombardements américains et occidentaux au rang de martyrs (chahid), tandis que les victimes d'Al-Qaida ne demeurent en dernière instance que des morts ordinaires (maqtoul).

Hosham Dawod, anthropologue, membre de l’Institut interdisciplinaire de l’anthropologie du contemporain (IIAC-CNRS).

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